XVIII.

05/10/2009 17:36 par sakyra

  • XVIII.

    XVIII.

    05/10/2009 17:36 par sakyra

Elle était en retard, ce n’était pas prévu.

 Ce n’est jamais prévu mais je suis toujours en retard. Il va vraiment falloir que je fasse quelque chose contre ça.

 Elle courrait aussi vite que le lui permettait ses jambes, elle était certaine que la réunion aurait commencé sans elle et que le roi la maudissait. La maudissait parce qu’elle avait eu le malheur d’aller jusqu’au bout de sa mission et avait légèrement pris du retard. Ce n’était même pas de sa faute songea-t-elle, elle serait arrivée à l’heure si l’autre idiote n’avait pas passé son temps à roupiller après le transfert. Ca la rendait folle, elle avait déjà quatre minutes de retard. C’était sûr, ils avaient commencé. Elle s’engouffra dans une ruelle et arriva enfin devant le portail principal du château avec un soupir de soulagement.

Six minutes et trente-sept secondes de retard.

Elle allait se faire tuer. Elle s’avança jusque la grille et étouffa un juron lorsqu’elle constata que celle-ci était fermée à clef. Cela lui apprendrait à être en retard.

Elle donna un coup de poing dans le cadenas, elle devait absolument rentrer. Pour une fois qu’elle avait quelque chose à dire à une de ces fichues réunions il était hors de question qu’elle rate ça ! Elle se dirigea vers le garde le plus proche avec un sourire forcé aux lèvres

-J’ai un gros problème, je suis Mars et ça fait déjà dix minutes que je devrais être là-dedans…

L’homme ne lui adressa même pas un regard et se contenta d’hocher les épaules. Elle sentit son sourire se faner sur ses lèvres, elle dégaina son couteau et l’encastra dans le mur avec rage avant de murmurer sur une voix assassine

-Ecoutes gros, je viens de parcourir la moitié de la ville en courant comme une dingue pour arriver ici. Crois moi ça m’a pas fait plus plaisir que ça, ça fait déjà onze minute et vingt-neuf secondes que je devrais être dans la salle des anciens et je suis d’humeur massacrante alors je n’ai pas de temps à perdre avec un abruti parce que dans ces moments-là mon seul moyen de détente c’est de perforer un crâne et de manger de la cervelle.

L’homme la dévisagea avec horreur et elle reprit sur le même ton

-Cherches pas, je suis sérieuse. Je te laisse dix secondes.

L’homme n’attendit pas de savoir si elle plaisantait et s’empressa d’ouvrir la grille avec des gestes maladroits

-Je suis désolé…

-Pas autant que moi.

Elle se rapprocha de lui avec un sourire aguicheur, il tremblait remarqua-t-elle avec excitation puis lorsqu’elle ne fut plus qu’à une dizaine de centimètres de lui, elle lui planta son couteau dans le bras. Le sang lui gicla sur le visage, la lavant de toute émotion, elle ressortit le couteau et en lécha la lame avec un sourire

-La prochaine fois que tu me cherches, ce ne sera pas le bras crois moi.

 Elle replanta la lame dans la chair de l’homme  y dessinant un M puis lui murmura à l’oreille

-Souviens toi de Mars.

Elle rangea son couteau dans son fourreau, donna un coup de pied au garde et pénétra dans l’enceinte du château sous les hurlements. Elle adorait entendre des cris de douleur. Elle grimaça, pourquoi est-ce que des personnes aussi méprisables s’occupaient de la défense du château ? Le royaume était tombé bien bas.

Elle longea les couloirs du château, elle détestait cet endroit. Elle avait été une fille du peuple avant d’arriver ici et contrairement à ses semblables elle n’avait pas oublié la haine que les gens portaient au roi. Elle se haïssait d’être tombée aussi bas. Elle chassa ses sombres pensées d’un mouvement de tête, après tout elle n’avait pas choisi son destin, et ouvrit la porte de la salle des anciens d’un violent coup de pied. Le silence se fit dans l’assemblée, treize minutes de retard et évidemment ils étaient déjà tous là. Le roi lui jeta un regard noir, elle savait que d’ordinaire les retardataires étaient sévèrement punis mais elle espérait que la nouvelle qu’elle apportait changerait sa sentence. Avant que quiconque ne puisse dire quoique ce soit, elle déclara sur une voix forte et solennelle

-La fille est arrivée.

Le roi la fixa soudainement avec intérêt, elle répéta

-La fille est arrivée.

-La réunion est suspendue. A l’exception de Janvier, février et Mars, vous êtes tous priés de sortir.

Il les regarda sortir avec satisfaction puis reposa son regard sur elle la faisant s’incliner.

Elle détestait cette sensation de soumission mais c’était exactement cela, elle était soumise. Quoiqu’elle fasse, elle reviendrai toujours ici, à son point de départ, comme on aimait si bien le lui rappeler c’était ici que tout commençait et que tout finissait. Elle grimaça et courba un peu plus l’échine, elle ignorait combien de temps elle devrait encore attendre comme ça. Cela faisait à peine quelques minutes qu’elle était ici qu’elle en avait déjà marre. Cependant le roi ne leur parlait jamais d’ordinaire et elle était fière d’attiser sa curiosité

-Où est-elle ? Et depuis quand est-elle ici ?

La jeune fille releva la tête avec un soupir de soulagement

-Elle est arrivée à Argente ce matin. Son jugement est prévu pour dans quelques jours à peine.

Un sourire mauvais traversa le visage du vieil homme

-Peu m’importe, elle ne sera plus là pour assister à son jugement.

Elle en resta d’abord muette de surprise puis finit par articuler avec difficulté

-Que…que voulez-vous dire par là votre honneur ?

Elle eut envie de se gifler. Comment avait-elle pu appeler ce vieillard « votre honneur » ? Jusqu’ici elle s’était toujours bien gardée de le faire, cela ne lui ressemblait pas de se soumettre ainsi. La honte la gagna. Dire que c’était cet homme qui régnait sur Argente…Cela la rendait malade. La grande porte s’ouvrit à la volée et un jeune homme roux y apparut. Joker. Elle le voyait régulièrement, elle avait même participé à son recrutement mais sa beauté glaciale continuait à lui couper le souffle et elle ne comprenait toujours pas comment il avait pu s’y rapidement devenir le favori du roi. En comparaison avec les autres membres de sa famille, il n’avait rien de bien particulier mais elle devait reconnaître que son charisme emplissait la pièce et inspirait une peur profonde. Ses cheveux roux volaient autour de son visage tandis que ses yeux bleus restaient glacials, sans vie. Elle s’en voulait de l’avoir amené ici. Sans elle il aurait connu une vie paisible avec toute sa famille. Elle avait la sensation de l’avoir détruit.

Le roi regarda son favori prendre place à l’autre bout de la pièce et lui déclara calmement

-La fille est arrivée. Tu vas pouvoir la tuer, fais le avant son jugement.

Mars regarda le roi avec incrédulité pour voir si il blaguait mais elle savait déjà que non, elle se retourna brusquement vers le jeune homme roux. Elle avait confiance en lui, elle savait qu’il était juste, elle savait qu’il ne pouvait pas faire ça. Elle eut l’impression d’être au bord de l’hystérie lorsqu’elle cria

-Joker ! 

-Tais toi Mars.

-Tu vas laisser faire ça ? Tu vas la regarder se faire tuer ? TU vas la tuer ? Rappelle toi pourquoi tu es venu ici !

-Ne risque pas ta vie pour cette fille que tu connais à peine Mars…tais toi.

-Non ! Vous n’avez pas le droit de la tuer, vous n’avez pas le droit ! Elle a été amenée ici pour son jugement pas pour être tuée, pourquoi vous voulez faire ça ? Qu’est-ce qu’elle vous a fait ?

-Elle existe, c’est tout. Cette fille a signé son arrêt de mort à la naissance.

-Je ne te savais pas comme ça, je…

Elle se tu, elle ignorait que dire, elle ignorait ce qu'elle pouvait dire qui puisse les faire changer d’avis mais dans tous les cas, elle refusait de participer à ça. Elle sortit son couteau de son fourreau et se rapprocha du jeune homme roux avec une voix emplie de sanglots

-Tu m’as trahie. Tu l’as trahie. Tu t’es trahi. Tu n’as vraiment plus aucune âme Joker ?

Elle n’était déjà plus qu’à un mètre, elle était décidée à le tuer. Elle se sentait abandonnée au plus profond de son être et lui ne bougeait pas. Il se moquait bien de ce qu’elle pouvait faire, elle était incapable de le tuer, il le savait. Enfin, il le croyait. Parce que là, elle était décidée. Elle ne voyait plus que lui et sursauta lorsque le roi ordonna sur une voix ferme

-Janvier, Février, emmenez la.

Une main se posa sur son épaule et elle se retourna brusquement, tailladant le visage de Février. Le sang lui gicla sur les mains et elle étouffa un gémissement.

Qu’est-ce que je viens de faire ? Moi qui espérais changer ma sentence…J’ai bien peur que ça soit raté.

Elle évita de justesse un coup de pied de Janvier en se baissant puis roula sur le côté pour éviter les coups de Février qui se relevait. Elle grimaça, elle venait de signer son arrêt de mort en portant un coup à l’un de ses supérieurs hiérarchiques. Elle évita un coup au visage et trancha de la chair, le sang lui coula dans les yeux l’aveuglant suffisamment pour qu’elle ne puisse éviter le coup suivant qui la fit tomber à genoux. Elle se releva en suffoquant et en échappant à un coup mortel à la tête planta son couteau dans l’estomac de Janvier qui s’effondra sur le sol marbré sans un cri. Mars le regarda tomber avec admiration, elle, elle aurait sûrement hurlé songea-t-elle. On voyait qu’elle manquait d’entraînement. Elle n’évita pas le coup suivant et tomba mollement sur le sol. Février leva son pied au dessus du visage de la jeune fille et s’apprêtait à la battre à mort lorsque Joker intervint

-Arrêtes Février, elle ne se débattra plus. On pourrait encore avoir besoin d’elle.

La jeune fille hurla, à deux doigts de l’hystérie

-Tu es de son côté ? Elle a tué Janvier !

-Elle ne l’a pas tué.

Février se tourna vers lui, s’agenouilla aux côtés de Janvier en sanglotant. Elle retira la lame qui lui était restée dans l’estomac puis essuya le sang qui lui coulait dans les yeux du revers de la main.

Le roi la regarda faire avec un soupir puis se tourna vers son favori

-Joker, emmène la traîtresse dans une cellule et fais en sorte qu’elle ne puisse pas en sortir. Je veux qu’elle comprenne sa douleur, ensuite tu iras t’occuper de la fille.

Le jeune homme roux ramassa Mars et la mit sur son dos avant de sortir de la pièce et de se diriger vers les cachots

-T’es en vie, Mars ?

La jeune fille ne répondit pas et il poussa un long soupir

-Je sais que tu es en vie, réponds moi.

-Voilà que Joker s’inquiète pour moi maintenant…Qu’est-ce que ça peut changer que je sois en vie ou non ? Tu vas la tuer de toute façon. Tu n’as même pas plaidé sa cause, tu as complètement renoncé à elle…

-Arrête Mars.

-Mais c’est pour elle que tu es venu ici, non ? Pour qu’elle puisse s’échapper et maintenant tu vas la tuer ? Tu vas vraiment le faire ?

-Peut-être.

-C’est fou ce que tu peux être bavard. Laisse moi descendre, je peux marcher.

-Reste tranquille. Tu ne te rends pas compte que tu viens d’être condamnée à crever comme un rat ? Ca aura servit à quoi de mourir pour quelqu’un de déjà condamné ?

-A ne pas finir mon existence lâche. Et puis qu’est-ce que ça change pour toi que je meure, tu es bien prêt à tuer des innocents que tu as aimés…

-Idiote.

Il la lâcha brusquement et elle tomba sur le sol en pierre de sa cellule avec un petit cri

-Tu sais très bien que je n’ai pas plus envie que toi de le faire.

-Alors ne le fais pas.

Il plongea ses grands yeux bleus dans les siens et elle se sentit fondre

-Tu sais très bien que je n’ai pas le choix Mars.

Elle détourna la tête en retenant ses larmes, il avait vraiment changé. A l’époque où elle l’avait amené il n’aurait jamais fait ça.

-On a toujours le choix.

-Il ne me semble pas que tu ais fait autant de chichis avant de tuer mes parents, si ?

-C’était MA vie ou la leur !

-Là, c’est la mienne ou la sienne, c’est pareil.

-Comment peux-tu dire ça ? Tu me dégoûtes…

Il s’agenouilla à côté d’elle et lui répondit en souriant

-Frappe moi.

Elle se releva brusquement

-Quoi ?

-Tu as très bien compris. Frappe moi. Tu as tellement envie que ça qu’elle vive ? Très bien on va jouer à ton jeu favori. Bats toi contre moi. Si tu gagnes je te laisserai partir et tu pourras aller la protéger au risque de perdre la vie, si tu perds tu mourras ici dans d’atroces souffrances…Ca ne te rappelle pas le jour de notre rencontre ? Allez Mars, frappe moi.

-Très bien.

Il ne tenta même pas d’éviter le premier coup et cracha son sang en riant

-Tu t’es améliorée dis moi…

Il para son coup de poing suivant et lui donna un coup de genoux dans le ventre. Elle tomba sur le sol en suffoquant et l’entraîna dans sa chute. Ils roulèrent sur les dalles de pierres avant qu’elle ne reprenne un léger avantage et lui plante son coude dans l’estomac. Il para le coup suivant et lui donna un coup de tête au visage avant de se prendre un coup de pied au torse. Il grimaça de douleur et tomba à genoux sur le sol. Mars essuya une des larmes qui lui coulait sur la joue et le saisit par le col de sa chemise

-Pourquoi ? Pourquoi tu m’as laissée gagner ?

-Disons que je compte sur toi pour la protéger Mars…

Elle le relâcha et lui donna un coup de pied dans les côtes.

-Imbécile. Tu ne pouvais pas me dire ça dès le début ?

 

-Ca aurait été moins drôle. Je mourrais d’envie de me battre contre toi, Mars.

 

-Arrête de m’appeler Mars !

 

-Mars, Sheïma, Ambre… Où est la différence ?

 

-La même qu’entre Joker et ton vrai nom.

 

Il se releva en souriant et épousseta son pantalon

 

-Tu devrais y aller. Tu ne fais plus partie des douze maintenant, la prochaine fois que l’on se verra, nous serons ennemis Mars.

 

-La prochaine fois que nous nous verrons tu seras bien forcé de m’appeler Sheïma.

 

-Je n’aurais pas le temps de t’appeler, tu seras déjà morte. Allez, dégage.

 

Elle acquiesça d’un hochement de tête et lui fit un léger signe de la main avant de se mettre à courir dans le labyrinthe de couloirs. Dire qu’elle avait arrêté de croire en Joker, elle avait honte d’elle maintenant. Elle aurait du savoir que depuis le début, il n’avait pas une seule seconde songé à tuer une innocente. Elle s’en voulait d’avoir douté de lui, après tout il ne l’avait jamais déçue. A part peut-être la fois où il avait rejoint le roi. C’était sûrement la seule chose qu’elle pouvait lui reprocher mais si elle le lui disait il ne comprendrait pas ; Lui qui n’avait pas entendu les supplications du peuple. Elle arriva à la grille, essoufflée et constata en souriant que celle-ci n’avait pas été refermée depuis sa dernière visite et que le sang qui tachait les pierres n’avait pas encore été lavé. Cela la détendit et elle quitta le palais en courant, une seule idée lui traversait l’esprit : La retrouver au plus vite. Maintenant qu’elle avait trahi les douze et perdu sa raison de vivre, elle ne voulait surtout pas décevoir Joker.

XVII.

27/09/2009 15:39 par sakyra

  • XVII.

    XVII.

    27/09/2009 15:39 par sakyra

Siwany s’installa en tailleur sur le fauteuil, depuis qu’elles étaient revenues dans la chambre personne n’avait rien dit et l’ambiance était lourde, électrique. Cela faisait un peu de silence et ce n’était pas plus mal songea-t-elle, le calme n’avait jamais tué personne. Elle ferma les yeux et mâchouilla le bout d’une de ses mèches rousses avec anxiété, elle avait beau réfléchir elle comprenait de moins en moins où elle était tombée et cela ne la rassura pas. Loin de là même, une sensation d’impuissance et d’incompréhension lui nouait le ventre.

 

Si l’on tente de résumer et que j’ai bien tout compris, il semblerait que je me sois retrouvée dans une école de magie accompagnée de ma meilleure amie avec pour professeur un tigre blanc…Décidément mon état mental est de plus en plus inquiétant.

 

Elle releva la tête et rouvrit les yeux, Poeiti s’était installée dans le fauteuil d’en face tandis que Raute’a était partie dans la cuisine et Moïra dans la salle de bains. Etrangement, cela ne la surprit pas, il lui semblait que c’était déjà les places attitrées. Elle se tourna les pouces quelques instants avant de reporter son regard sur Poeiti qui semblait s’être calmée depuis qu’elles étaient parties. La conversation serait peut-être plus simple maintenant songea-t-elle sans penser pour autant à prendre la parole en première. Aucune des deux ne le fit, elles se contentèrent de se fixer intensément. Leurs yeux semblaient pouvoir tout détruire et paraissaient animés d’un immense brasier. Elles étaient toutes deux intriguée mais aucune des deux ne l’auraient reconnu, elles continuaient simplement de soutenir le regard de l’autre jusqu’une des deux cède. Siwany esquissa un large sourire, elle aimait fixer les gens. Poeiti soupira et finit par détourner les yeux avant de murmurer

 

-J’ai perdu.

 

-Tu es nulle.

 

-Je ne suis pas nulle, c’est toi qui es forte…

 

Elle avait prononcé la dernière phrase sur une voix étouffée, cela la dérangeait d’avoir à reconnaître cela. Siwany jubilait, plus encore que fixer les gens, elle aimait gagner. Elle adressa un sourire victorieux à Poeiti qui reprit la parole sur une voix curieuse

 

-Vous avez fait quoi durant les cours ?

 

-N’avais tu pas dit que tu y étais déjà allée ?

 

-Tu m’as crue ? Tu es nulle.

 

Siwany ouvrit la bouche et la referma tout aussitôt ne sachant que répondre. La jeune fille n’était pas aussi inintéressante qu’elle ne l’avait d’abord pensé remarqua-t-elle, cela pourrait se révéler intéressant d’avoir à lui parler par la suite. Elles parvenaient à communiquer en un simple regard, elles échangeaient peu de mots mais se communiquait pourtant tout un flot d’informations.

 

Raute’a les appella de la cuisine et Siwany se releva à contre-cœur, elle aurait aimé savoir si Poeiti pensait la même chose qu’elle. Elle s’installa en silence à la table et finit par demander sur une voix emplie de curiosité

 

-Pourquoi êtes vous là ? J’aimerais connaître la raison qui vous a poussées à venir ici, à Eritoe.

 

Raute’a émit un rire cristallin et lui tira la langue avant de répondre avec un large sourire

 

-Question suivante ?

 

Poeiti quant à elle s’était refermée sur elle-même et répondit d’une voix cassante

 

-Parce qu’on est nourris et logés.

 

Siwany acquiesça d’un léger signe de tête et ajouta ironiquement

 

-Visiblement on a tous l’air d’avoir une vie familiale magnifique…

 

-Tu ne crois pas si bien dire…

 

Elle se tourna ensuite vers Moïra et décidée à changer de sujet demanda

 

-Qu’est-ce que vous avez fait en cours ? Siwany ne veut pas me le dire, elle est méchante.

 

Elle avait accentué le dernier mot plus que nécessaire ce qui amusa Moïra qui répondit en riant

 

-Rien de vraiment important, on a juste appris que VOUS auriez à passer une épreuve pour prouver votre valeur…

 

-Tu ne te sens pas concernée pour dire « vous » ?

 

-Pas le moins du monde, je ne vais pas passer cette épreuve moi. Je vais être renvoyée chez moi dans les plus brefs délais…Disons que j’étais là pour faire la décoration, la figuration…

 

Raute’a leva les yeux au ciel et poussa un soupir désespéré avant de regarder Moïra dans les yeux

 

-Tu es stupide ET naïve, Moïra.

 

Siwany en manqua de s’étouffer et jeta un regard noir à Raute’a qui ne sembla même pas le remarquer trop préoccupée qu’elle était par Moïra qui lui répondit avec une innocence enfantine

 

-Quoi ? Pourquoi tu me dis ça ?

 

-Je te le dis comme je le pense, c’est tout.

 

Siwany reposa son couteau et la regarda de travers avant de demander sur une voix agressive

 

-Maintenant ce qu’on veut savoir c’est pourquoi tu dis ça.

 

Raute’a haussa les épaules avec désinvolture

 

-Arrête moi si je fais une erreur dit-elle à Moïra sur une voix qui laissait penser qu’elle savait qu’elle ne ferait pas d’erreur. Si j’ai bien tout compris le docteur Anna. Desang a accepté ta dernière requête qui était de voir Siwany, c’est bien cela ?

 

-Oui. J’imagine qu’elle ne devrait pas tarder.

 

 -C’est là que tu te trompes. Elle avait l’air pressée que tu repartes, non ? Pourtant elle ne l’a toujours pas fait. Deux solutions : La première serait qu’elle t’ait oublié et que maintenant que Poeiti et moi sommes là elle ne le fera plus car cela pourrait faire exploser un scandale qui nuirait à la réputation de l’établissement. Mais soyons franches, cette hypothèse est tout de même peu probable. C’est la qu’intervient la deuxième solution…

 

-Qui est ? Je ne te suis pas vraiment.

 

-Si tu étais aussi inutile qu’elle a voulu le laisser penser tu serais déjà repartie depuis longtemps. C’est donc qu’elle s’est rendu compte qu’elle avait eu tort, elle ne le reconnaîtra pour rien au monde mais tu as des capacités magiques au moins aussi développées que les miennes, j’imagine que maintenant elle attend les résultats de l’épreuve. Tu as parfaitement les moyens de rentrer légalement à Eritoe et plus j’y pense, plus je me dis qu’Anna a décidé de te laisser une chance de le lui prouver.

 

Moïra se releva brusquement et hurla

 

-Mais je n’ai pas de pouvoirs !

 

-Ah oui ? Alors explique moi pourquoi tes cheveux ne sont pas mouillés alors que tu sors du bain et que tu te les ai lavés… Et pourquoi est-ce que la plaie que Siwany t’a laissé en buvant ton sang vient de se refermer sous le coup de la colère ?

 

Moïra cacha son cou de sa main et grimaça, Raute’a reprit sur une voix plus calme

 

-Pas la peine de vouloir le cacher, je le sais. Siwany est une buveuse de sang, d’accord. Il n’y a pas de quoi en faire tout un plat. Je me fiche qu’elle soit attirée par ça ou par quelque chose d’autre, ce qu’elle boit ne me regarde pas.

 

Moïra ne répondit rien. Elle ne savait ce qu’elle était censée faire, elle s’était attendue à ce que Siwany se relève furieuse et démente mais non elle s’était contenter d’acquiescer d’un signe de tête. Celle-ci se fichait complètement que son secret ait été découvert, elle était tout simplement bien trop soulagée de constater que le raisonnement de Raute’a tenait la route et que par conséquent Moïra ne repartirait peut-être pas. Elle se demandait cependant ce qui avait bien pu la trahir

 

-Comment l’as-tu su ?

 

-Que tu étais une buveuse de sang ? Facile. La première chose que j’ai remarquée en pénétrant dans la pièce a été la façon dont tu t’es passé la langue sur les lèvres et tes yeux sont devenus rouges quelques secondes. Il y avait la plaie de Moïra aussi, je me suis donc dit que cela ne pouvait pas être une simple coïncidence tu étais donc soit une vampire soit une buveuse de sang.

 

-Et comment as-tu su lequel des deux j’étais ?

 

-Une vampire aurait fini son repas, si tu en avais été une, Moïra ne serait plus là.

 

Poeiti ricana, elle allait devoir vivre avec une buveuse de sang, une maso qui offrait son sang et une intello de service. Génial. Elle se tourna vers Raute’a et prit la parole avec une pointe de curiosité dans la voix

 

-Tu viens d’où ? De quelle ville ?

 

-Moi ? Argente. Je suis née ici et y resterai sûrement jusque la fin de mes jours. Non pas que j’aime particulièrement cette ville, je n’ai juste nulle part où aller, ailleurs.

 

-T’es une bourge, quoi. Pas étonnant d’ailleurs, ça se voit à ta façon de parler.

 

Raute’a leva un sourcil, intriguée, elle n’avait jamais pensé au fait que son langage trahissait aisément sa classe sociale. C’était bon à savoir.

 

-Et toi ? De quelle ville viens-tu ?

 

-Lapis. Et si tu me dis que c’est de là-bas que je tiens mon agressivité je te fais manger la table.

 

Raute’a émit un rire cristallin. Agressivité. Cela sonnait tellement bien. Elle trouvait ce mot beau. Elle aurait été capable de le répéter des centaines de fois sans se lasser. Elle n’était décidément pas très normale non plus. Elle reprit son calme et fixa Poeiti qui se remit à lui parler sur une voix devenue monotone

 

-Tu as l’air d’être du genre à passer ta vie à réfléchir miss-j’ai-un-avis-sur-tout, tu dois donc avoir une petite idée sur la nature de l’épreuve que l’on va devoir passer, non ?

 

-Quelques suppositions par ci par là… Notre professeur a dit que nous ne le reverrions pas avant longtemps, j’en ai donc déduit que l’épreuve se déroulerait en-dehors de l’école.

 

-Jusque là, c’est logique.

 

-L’épreuve se doit d’être un minimum difficile pour pouvoir tester nos pouvoirs, j’ai donc retracé une carte de l’île. Au sud, il n'y a que la mer, il ne nous y enverront pas, ce serait trop simple, il n'y a aucun monstre marins de ce coté là. A l'est, il y a la ville des fées, Mez, protégée par une illusion extrêmement puissante que même les sorciers de troisième année n'arrive parfois pas a dépasser donc nous n'irons pas car il n'y aurait pas de survivants et ce n'est pas le but. Il reste la forêt de pleinebeurg qui s’étend sur l’ouest et le nord…Et la vallée du précipice.

 

-La vallée du précipice ? Tu crois que l’on pourrait êtes envoyées là-bas ?

 

-Peut-être. Mais si c’est le cas je n’ai aucune idée de ce qui nous attend. Ce terrain est bien trop à découvert pour les épreuves de survies habituelles. Je penche plutôt pour la forêt.

 

-Intéressant.

 

Siwany frissonna. La vallée du précipice. Son cauchemar lui revint en mémoire, elle avait rêvé de cet endroit la veille du décès de Fanny. Elle grimaça, cela ne pouvait pas être une simple coïncidence. Elle s’obligea à ne pas laisser transparaître ses émotions mais elle était certaine que ses yeux trahissaient son angoisse. Elle revoyait encore la femme de son rêve, ses yeux violets et cette peur qui lui avait noué le ventre…Rien que d’y repenser, elle en avait la chair de poule. Les quatre filles quittèrent une à une la table et allèrent chacune dans la chambre qu’elles s’étaient attribuées avant de plonger dans un profond sommeil.  

 

 

XVI.

27/09/2009 13:32 par sakyra

  • XVI.

    XVI.

    27/09/2009 13:32 par sakyra

Siwany avançait lentement aux côtés de Moïra et suivait avec peine Raute’a qui sautillait quelques mètres plus loin. Si cela continuait comme ça elles allaient être semées songea-t-elle avec un soupir. Tant pis.

Elles longèrent plusieurs couloirs, montèrent un certain nombre d’escaliers et en redescendirent quelques uns pour finalement longer un corridor qui menait à une unique porte. Elles s’immobilisèrent toutes les trois devant puis Raute’a se recoiffa rapidement et fit un rapide signe exaspéré aux deux autres pour qu’elles se taisent. Siwany ne releva pas et ouvrit la porte avec curiosité, la pièce était une salle de classe normale. Tellement banale que cela en aurait été presque effrayant. Des rangées de tables, des rangées de chaises et des rangées d’élèves…Elle jeta un regard suppliant à Raute’a qui lui répondit avec un sourire

-Tu t’attendais à quoi ?

-J’étais en droit d’attendre autre chose d’une classe de magie…A quelque chose de plus…fantastique…

-Navrée de ne pas être dans un conte de fées.

Elles s’assirent à l’une des tables les plus proches, soulagées que le professeur ne soit pas encore là pour leur signaler leur retard, arriver en retard le premier jour faisant toujours mauvaise impression. Moïra s’installa en regardant le plafond puis ne put s’empêcher de demander sur une voix curieuse en observant autour d’elle

-Pourquoi n’y a t’il que des femmes ici ? Je n’ai pas encore vu un seul homme dans cette ville.

-Tu n’en verras probablement pas, la quasi-totalité des hommes sont dans une autre ville car très peu d’entre eux arrivent à manier correctement la magie. Ils n’ont donc rien à faire à Argente. Et encore moins à Eritoe.

-Voudrais-tu dire qu'aucune de ses filles ne rencontrera d'hommes dans leur ville de toute leur existence ? intervint Siwany avec une touche d'horreur dans la voix

-Bien sûr que si. Elles rencontreront leur mari parce qu’il leur aura été désigné ou par pur hasard puis ensuite elles pourront décider d’abandonner la magie et de partir vivre ailleurs pour vivre avec lui…Mais généralement les gens mariés restent dans deux villes différentes et ne se voient que de temps en temps.

 -C'est complètement stupide répondit la rouquine avec un regard consterné pour toutes les filles qui l'entourait.

-C’est un mode de vie. Comme pour tout le reste, on s’habitue.

-La question n’est pas de savoir si l’on s’y habitue mais si on est d’accord avec cela.

-On ne peut pas être d’accord avec tout … Tu es heureuse d’être là, toi ? Non. Alors pourquoi tu restes ? C’est du même niveau, on ne peut pas toujours avoir réponse à tout.

Siwany ne trouva rien à y répondre et elles finirent par changer de sujet et dériver sur l’hideuse couleur des murs des salles de classes en général lorsqu’elles entendirent la porte grincer. Un énorme tigre blanc pénétra dans la pièce sous les hurlements de Moïra qui se réfugia dans les bras de Siwany, amusée. Bien que cela n’ait rien de drôle. Elle défia du regard le tigre qui finit par détourner la tête et il lui fallu plusieurs minutes pour constater qu’il maigrissait, que ses crocs diminuaient, que ses pattes s’allongeaient et qu’il perdait ses poils et sa queue…

En quelques minutes à peine le tigre blanc s'était transformé en humaine. En une fillette plus exactement. Une enfant qui avait le teint livide d'une morte et des petits yeux d'un bleu pâle qui lançaient des éclairs, ses longs cheveux noirs charbon tombaient disgracieusement sur ses épaules et contrastaient étrangement avec sa peau blême, ses lèvres presque transparente laissait apparaître quelques fois un sourire narquois à vous glacer le sang et sa voix était semblable a celle d'une personne a l'agonie et faisait se dresser les cheveux sur la tête. De petite taille, elle semblait frêle et fragile comme si elle allait se casser au moindre coup de vent. Siwany frissonna. Elle trouvait effrayante cette enfant qui semblait déjà presque morte. La fillette fixa la classe avec attention avant de prendre la parole

-Désolée de vous avoir surpris, je me nomme Dianna et suis l’un de vos professeurs et ce jusque la fin de l’année. Etant donné qu’il y a beaucoup de nouvelles recrues cette année et que je suis d’une incroyable flemme je compte sur les anciens pour expliquer aux petits nouveaux le fonctionnement de l’établissement et les règles de bases. Je vous félicite d’avoir réussi les préliminaires d’inscriptions même si elles étaient incroyablement simples mais ne vous réjouissez pas trop vite. Une autre épreuve vous attend…Une vraie cette fois. Pas cette sorte de test stupide que vous avez du passer…La véritable épreuve se déroulera bientôt, je vous souhaite à tous beaucoup de chance et une mort aussi agréable que possible et vous fait à toutes la promesse d’être là à agiter mon mouchoir au moment de votre départ même si je n’en ai que faire de vous… En fait, non. Je ne le ferai pas, je n’aime pas perdre mon temps.

Elle se tut quelques instants, savourant les visages indignés et surpris qui s’étalaient devant elles puis reprit

-Quelqu’un passera dans vos chambres vous expliquer ce que vous aurez à faire dans le détail. Sur ce, au revoir et à la prochaine. Si nous nous revoyons…ce dont je doute fort pour la plupart d’entre vous…

Moïra s’était crispée dans les bras de Siwany durant toute la conversation et ne put s’empêcher de grimacer

-Elle n’est pas très encourageante…

-Elle n’a pas à l’être…

Dianna descendit de l’estrade et rejoignit d’un bond les trois filles avec un large sourire puis tourna autour de Siwany avec une attention non dissimulée

-Intéressant… Siwany Mower, c’est cela ?

-Oui…

-L’année s’annonce intéressante…Oui, intéressante…

-Il ne me semble pas que je sois déjà qualifiée…

-Tu le seras. Il n’y aucun doute là-dessus, tu as la magie dans le sang…Ne commets jamais l’erreur de sous-estimer tes ancêtres, tu risques d’être haïe jusque parce qu’ils ont eu le tort d’être puissants par le passé…

-J’ai l’habitude d’être haïe pour moins que ça ; cela ne me dérange pas.

-Les gens n’aiment pas la différence…Moi, elle m’anime. Tu vas souffrir, petite.

Dianna se passa la langue sur les lèvres avec un regard avide puis se retransforma en tigre et quitta la pièce sans rien ajouter de plus sous le regard abasourdi de Siwany.

XV.

27/09/2009 10:45 par sakyra

  • XV.

    XV.

    27/09/2009 10:45 par sakyra

Moïra appréciait d’avoir pu revoir Siwany même si elle avait été incapable de lui dire ce qu’elle avait sur le cœur. En temps normal elle se serait qualifiée de lâche, là, elle se demandait simplement comment est-ce qu’elle était censée annoncer à sa meilleure amie qu’elles ne se reverraient plus jamais. Elle se savait incapable de le dire naturellement au cours d’une conversation quelconque comme Siwany l’aurait sûrement fait et même si elle l’avait fait elle n’osait pas imaginer la réflexion cinglante qui aurait suivie la nouvelle. Il y aurait sûrement eu un silence pesant juste après songea-t-elle et elle n’avait pas voulu pas gâcher leurs derniers moments ensemble. Cela n’avait pas forcément été un mauvais choix de se taire.

Elle rentra dans la salle de bains et s’arrêta sur le seuil de la pièce avec une exclamation d’horreur.

Calme toi Moïra. Ils n’ont pas l’eau courante, ce n’est pas bien grave…Tu vas te laver dans la baignoire avec l’eau qui est en train de chauffer  dans un poêle à ta droite. Et ne râle pas, tu as même une bassine d’eau froide à côté ou cas où ton bain serait trop chaud. C’est du luxe.

La jeune fille referma la bouche et finit par se décider à faire ce que l’on attendait d’elle avec un mélange de fascination et d’horreur.

L’horreur. C’est l’horreur. J’aimerais bien demander où est la blague mais je sais d’avance qu’il n’y en a pas, je viens simplement de me retrouver dans je ne sais quel endroit qui a un certain temps de retard sur la civilisation…Moi qui rêvait d’un bon bain, je suis servie…

Moïra finit par rentrer dans la baignoire et se détendit petit à petit. L’eau était pile à la bonne température, cela la relaxait. Elle aimait l’eau, elle l’avait toujours aimée et n’avait jamais su pourquoi. Elle avait toujours l’impression que cela faisait partie des plus belles choses au monde et dans des moments comme celui-là, elle s’y sentait bien. Elle s’y sentait à sa place, elle avait la sensation qu’il ne restait rien d’autre qu’elle et l’eau. Elle s’imaginait à la mer, elle aurait tant aimé en entendre le clapotis et y plonger…C’était un de ses rêves d’enfants jamais réalisés constata-t-elle avec mélancolie. Elle soupira, elle avait beau s’imaginer la mer elle ne serait jamais que dans une baignoire à rêver de là ou elle aimerait être car elle était justement dans une situation dans laquelle elle n’avait jamais désiré être. D’ailleurs personne de censé n’aurait voulu être à sa place actuelle pensa-t-elle en revenant péniblement à la réalité. Il fallait qu’elle explique à Siwany ce qui s’était passé, ce qu’elle avait appris, ce que lui avait révélé le docteur Anna.L.Desang…Elle était simplement inutile. L’eau lui parut soudainement glaciale, elle sortit précipitamment de la baignoire et s’enroula dans la serviette la plus proche en grelottant. Elle était en train de se rhabiller lorsque l’image de son journal s’imposa à son esprit et qu’elle se rappela qu’elle l’avait laissé traîner en évidence comme une parfaite imbécile. Elle étouffa un juron, elle était prête à parier tout ce qu’elle avait que Siwany l’avait déjà lu.

Evidemment qu’elle l’a déjà lu. C’est de Siwany dont on parle.

Elle ouvrit rageusement la porte au moment où son amie reposait le carnet d’un geste nonchalant sur la table de nuit. Siwany la regarda avec un sourire angélique et un visage de sainte avant de murmurer en un soupir exaspéré et sur une voix innocente

-Quoi ? Je ne l’ai pas remis à la bonne place ?

Moïra serra les poings et éprouva une irrésistible envie de la tuer puis se ravisa en se disant que cela n’était pas forcément une bonne idée. Elle le regretterait par la suite. Elle ne put cependant s’empêcher d’exploser

-Tu n’as jamais entendu parler des mots « personnels », « secret », « politesse » ou encore « respect » ? Tu es au courant que cela ne se fait pas de fouiller dans les affaires des autres et encore moins sans en demander l’autorisation ?

Siwany esquissa un sourire innocent

-L’idée ne m’a pas effleurée qu’un objet qui traînait en évidence, parce qu’il traînait en évidence, puisse être un journal intime. Désolé.

-Pas même après avoir lu les deux premiers mots ? Tu sais en général lorsque cela commence par « Chez journal » et que c’est écrit à la main, ça veut tout dire !

-Et comment voulais-tu que je le devine ? Je ne suis pas fille à écrire ce genre de niaiseries, moi.

Moïra s’apprêtait à répliquer mais Siwany lui fit signe de se taire et reprit

-Inutile de discuter, tu es la seule en tort. Point final. De plus nous ne sommes pas censées avoir de secrets l’une pour l’autre.

-Ne joue pas à ça Siwany ! Cela me déçoit que tu te serves de ce que je ressens pour toi comme arme ! C’est évident que l’on ne peut pas tout se dire ! I y a des choses qui n’en valent même pas la peine !

-Parce que tu juges que ce qui est écrit là n’en vaut pas la peine ? demanda la rouquine avec un mélange de provoquation et d'intriguation.

-Si ! Mais j’aurai préféré te le dire par moi-même ! Tu ne t’es pas imaginé une seule seconde que je puisse éprouver l’envie de te le dire par moi-même ?

Siwany repoussa une de ses mèches de cheveux et se laissa tomber sur le canapé en soupirant

-Si. Cela m’est peut-être passé par la tête un dixième de seconde. Le temps nécessaire pour que je me rende compte que c’était une idée saugrenue puisque tu ne m’aurais jamais dit ce qui y était écrit.

Moïra lui décocha un regard noir

-Mais qu’est-ce que tu en sais ?!

-De toute façon, tu avais promis de ne plus écrire dans un journal et tu as finalement choisi le premier prétexte venu pour rompre notre engagement. De nous deux, je ne suis pas la plus en tort.

-C’est toi qui me dis ça alors que tu ne tiens jamais tes promesses ?

Siwany se releva en sifflant

-Ne redis jamais que je ne tiens pas mes promesses car je serais capable de te prendre au mot…

Elle se rassit, tentant tant bien que mal de préserver son calme, et s’efforça d’ignorer la soif de sang qui lui tenaillait le ventre

-Et puis pendant que nous y sommes, explique moi à quoi peut bien servir un journal intime ? J’entends par là à quoi sert un journal intime à part à ce que des gens curieux aillent y mettre leur nez ?

-Pour ta gouverne, un journal intime sert à se confier et se soulager d’un poids que l’on peut ressentir ou pour être certain de se souvenir de tout…Pas à se faire lire par des gens qui se sentent toujours obligés de se mêler de ce qui ne les regardent pas !

-Ah oui ? Et tu ne t'es jamais dit qu'il fallait vraiment être crétin pour se confier à un bout de papier ? Parce qu’on fait tout de même difficilement plus impersonnel…Mais madame sera bien trop têtue pour le reconnaître et continuera d’écrire dans ces fichus journaux intimes qu’elle laissera traîner en évidence pour pouvoir crier à tort et à travers sur la première personne qui a un minimum de curiosité…

Elle fit valser d’un geste sec tout ce qui traînait sur la table et Moïra la dévisagea avec haine. Elle serra les poings dans un geste d’impuissance, comment Siwany avait-elle pu ? Cela la décevait énormément d’elle. Elle s’apprêtait à faire demi-tour et à retourner dans la salle de bains lorsque la porte d’entrée s’ouvrit laissant apparaître une parfaite inconnue. Un courant d’air frais pénétra dans la pièce et Moïra frissonna en le sentant passer sur ses jambes nues,  elle fixa l’inconnue qui détourna le regard puis s’engouffra dans la salle de bains en rougissant, décidée à finir de s’habiller.

La jeune inconnue bafouilla et s’excusa

-Excusez moi, je ne savais pas…Je ne voulais pas vous déranger…Je…Je…Je croyais qu’on m’avait dit chambre N°13 mais cela doit être une erreur…Je suis navrée, je…

-Arrête de t’excuser, cela nous est égal. Enfin moi cela m’est égal et elle…Elle n’avait qu’à pas se balader à moitié nue. Surtout par un temps pareil. En tout les cas tu as écourté cette conversation qui commençait à m’indisposer et je t’en suis reconnaissante…

L'inconnue esquissa un faible sourire et se présenta sur une voix timide

-Enchantée de faire votre connaissance. Je me nomme Raute'a. Raute'a Vixen.

-Enchantée, je suis Siwany. Siwany Mower. L'autre hystérique là-bas c'est Moïra ; Moïra Traurigkeit. Elle est toujours comme ça mais tu verras, on finit par s'y habituer, il ne faut pas y faire attention.

Pendant que Siwany continuait à alimenter la conversation, Moïra revint dans la chambre et observa la nouvelle venue. Elle avait des cheveux noirs coupés courts en carré ébouriffé ce qui lui donnait un air de petit lutin, ses yeux avaient la même couleur chocolat que sa peau et comme tout le monde, elle portait une longue robe de soirée. Raute'a se tourna vers elle et lui parla d'une voix enfantine et enjouée qui contrastait étrangement avec la voix suraigüe et confuse qu'elle avait eue auparavant

-Je suis ravie de faire ta connaissance Moïra et je suis vraiment navrée pour l'évènement de tout à l'heure.

-Cela n'a aucune importance, c'est déjà oublié. Comme Siwany l’a sûrement déjà dit puisqu’elle ne manque jamais une occasion pour me rabaisser, c’est moi qui était en tort.

-Alors…euh…Vous êtes toutes les deux élèves ici ? Qu’est-ce qui vous a décidé à venir ici ?

La réponse de Moïra fusa sur un ton tranchant

-On ne l’a pas décidé. Les gens d’ici m’ont l’air assez doués pour décider eux-mêmes du destin des autres alors ils ordonnent et nous…et bien nous obéissons…Enfin peu importe, de toute manière je vais être renvoyée de là ou je viens d’ici peu…

Raute’a rougit et se passa une main dans les cheveux avec un air navré

-Je suis désolé d’avoir lancé un sujet aussi houleux…On dirait bien que ce n’est pas ma journée…En tout les cas, il est dommage que tu partes, je suis sûre que nous aurions pu bien nous entendre toutes les deux.

Moïra acquiesça d’un signe de tête et ajouta avec un sourire hypocrite

-Sans aucun doute.

Siwany soupira. Il était évident que si pour elle il était hors de question que Moïra partes cela n’était pas le cas de tout le monde. Certains trouvaient cela simplement « dommage » au lieu de « profondément injuste » et cela l’énervait.

Elle se tourna vers Raute’a, décidée à trouver des réponses aux questions qui l’embrouillait encore

-Cet endroit s’appelle Eritoe, c’est cela ?  Pourrais-tu me renseigner un peu là-dessus parce que je n’ai strictement aucune idée de ce que je viens faire ici…

Raute'a écarquilla les yeux et la dévisagea, surprise, avant de répondre en choisissant bien ses mots

-Oui cet endroit s'appelle bien Eritoe, cela vient de l'aks la langue courante des sorciers ; je crois bien que cela signifie simplement "Magie". Pour faire simple, Eritoe est tout simplement la plus grande école de magie existant sur l'île de Kyz. En fait c'est aussi la seule et elle est tristement connue pour le nombre de gens refusés chaque année…Et surtout parce que les plus grands sorciers et aussi les plus dangereux ont été formés ici…

Siwany allait enchaîner sur plusieurs autres questions qui lui torturaient les méninges lorsque la porte de la chambre s'ouvrit brutalement. Les trois filles se retournèrent en un seul mouvement pour voir la jeune fille en short qui se disputait avec la surveillante quelques instants plus tôt débouler dans la pièce comme une furie. L'inconnue semblait tellement énervée que les trois filles ne surent que dire et ce fut Raute'a qui se décida en première à rompre le silence.

-Bonjour, je suis Raute'a Vixen et voici Siwany Mower et Moïra Traurigkeit.

-Poeiti Raserei N°666 répondit sèchement l'inconnue avant de s'affaler sur le fauteuil le plus proche en esquissant à peine un regard vers elles. Elle était visiblement peu désireuse d'entretenir la conversation et plusieurs minutes passèrent ainsi dans un silence assourdissant avant qu'elle ne finisse par se retourner et claqua sur une voix furieuse

-J'ai cru comprendre parmi tout le bla-bla inutile de la surveillante complètement dérangée qui semble vouloir la mort de tous les élèves, vous savez celle avec une tête de bouledogue… Bref, les cours ont commencé. Vous devriez y aller.

-Dis comme ça j'imagine que toi, tu ne viens pas demanda Moïra avec une pointe d'agacement dans la voix

Poeiti lui adressa un sourire narquois

-Belle déduction.

Siwany échangea un regard discret avec Moïra et lui fit signe de se taire et de quitter la chambre avec elle. Visiblement elles allaient devoir subir des cours. Enfin au moins Siwany et ce n'était pas une idée qui l'emballait particulièrement. Elle allait aussi devoir partager sa chambre avec les deux autres filles. Cela ne l'emballait pas particulièrement non plus surtout quand elle se disait que prochainement Moïra ne serait plus là. Adieu Moïra. Elle soupira. Quelle idée stupide elle avait eu de quitter l'assistance publique ! D'accord elle détestait cet endroit mais si elle n'avait pas décidé de s'évader elle serait restée encore longtemps avec Moïra. Elle aurait du écouter son amie lorsqu'il en était encore temps.

Trop tard pour te dire cela maintenant idiote. Assume un peu tes erreurs au moins une fois dans ta vie, la seule chose qui te reste à faire désormais est de profiter de vos derniers moments.

 Elle poussa un long soupir et rejoignit Raute'a qui avançait d'un pas fluide suivie de peu par Moïra.

XIV.

27/09/2009 10:34 par sakyra

  • XIV.

    XIV.

    27/09/2009 10:34 par sakyra

Siwany massa ses poignets endoloris avec un soupir, elle ne savait toujours pas si elle était censée être heureuse d’avoir été emmenée ici. Contre son gré en plus. Elle referma la grande porte avec précautions, elle n’avait aucune envie de faire du bruit tant qu’elle ne saurait pas où elle était puis commença à longer le large couloir. Elle sursauta en entendant une voix résonner

-Il me semble que l’on vous avait dit de rester à la porte d’entrée, non ?

Elle se retourna précipitamment pour tomber nez à nez avec une grande femme. Certes, toutes les femmes lui paraissaient grandes parce qu’elle était elle-même petite mais c’était rare qu’elle se sente aussi minuscule. Elle avait la sensation d’avoir rapetissé en passant la porte ou d’être face à une fille de géant. Dans les deux cas, cela ne lui plaisait pas mais elle opta tout de même pour la seconde hypothèse puis poussa plus loin son observation. La femme était magnifique. Elle avait des cheveux blond vénitien retenus dans un chignon compliqué, ses yeux verts pétillaient en harmonie avec son visage aux traits délicats et pourtant elle paraissait aussi amicale qu’un requin assoiffé. Elle portait une longue robe de velours et de soie bleue assortie à son diadème et à ses boucles d'oreilles. C’était presque trop beau pour être vrai songea-t-elle avec amusement. Tant de beauté en un seul être paraissait faux. La femme prit la parole sur une voix hautaine

-Bienvenue, je me nomme Blanche et suis la directrice de cet établissement. Nous vous attendions, Siwany Mower mais j’imagine que votre voyage a dû vous éprouver et je ne vous ennuierez donc pas en bavardages inutiles, sachez tout de même que nous sommes honorés de votre présence en ce lieu et n’hésitez pas à venir nous voir si jamais vous aviez besoin d’une aide quelconque. Votre chambre est la numéro 13, vous devriez la trouver sans difficultés.

Blanche lui tendit une petite clef puis disparut dans un bruissement de tissu. Siwany qui avait pensé poser toutes les questions qui lui passaient par la tête la regarda partir avec admiration. Elle n’avait pas osé ouvrir la bouche à partir du moment où son regard avait croisé le visage décidé de la femme. Elle mit la clef dans sa poche et longea le couloir, décidée à aller jusque la chambre 13 puisque de toute façon elle n’avait plus grand-chose à perdre. 

Elle avançait dans un dédale de couloirs silencieux lorsque soudainement un éclat de voix retentit. Elle se retourna brusquement et regarda par la fenêtre ce qui pouvait bien provoquer une telle agitation. Une foule d’adolescentes attendait maintenant devant la porte d’entrée et il y avait parmi elles deux personnes qu’elle remarqua instantanément. Une femme assez âgée qu’elle jugea être une surveillante et la jeune fille avec laquelle celle-ci se disputait. Contrairement à toutes les autres, l’adolescente en question n'était pas vêtue de froufrous, de bijoux et d'accessoires, elle portait simplement un court short en jean et un poncho dont les bouts avaient été découpés de façon irrégulière. Siwany ne put s'empêcher de remarquer le contraste que cela formait avec les autres élèves puis elle reposa les yeux sur le visage de la fille en short. Elle avait de longs cheveux noirs charbons qui lui arrivaient en dessous des fesses, la peau foncée, des yeux couleur noisette et un sourire aux dents de perles. Elle se disputait avec son interlocutrice car celle-ci semblait refuser de la laisser entrer et leurs cris résonnaient dans les couloirs encore vides. Siwany grimaça puis détourna le regard, ses oreilles bourdonnaient et de là où elle était la conversation ne lui venait que sous forme d’un brouhaha incompréhensible. Elle haussa les épaules et se remit à chercher la chambre, son incompréhension s’étant soudainement transformée en une curiosité sans nom. Elle voulait maintenant absolument savoir où elle était tombée et qui était tout ces gens. Elle le saurait bien assez tôt pensa-t-elle, elle aurait tout le temps d’y réfléchir si elle devait rester après tout. Elle finit par arriver dans un couloir où il y avait tellement de portes que rien que l’idée de les compter lui donnait mal à la tête et la décourageait.  Elle arriva rapidement à celle qu’elle recherchait et eu une pensée pour la personne qui aurait la clef 187. Elle poussa la porte qui s’ouvrit en un grincement et rentra dans la pièce. C’était un immense salon et Moïra l’attendait dans l’un des fauteuils qui l’occupait.

Lorsqu’elle l’aperçut, son visage se fendit d’un large sourire éblouissant et elle lui sauta dans les bras

-Siwany ! Je suis tellement contente de te revoir ! Je dois avouer que je n’y croyais plus…

Siwany ignora le flot de souvenirs qui l’envahit et caressa les cheveux de son amie en lui rendant son sourire. Le jour de leur rencontre aussi Moïra avait fait ce sourire se souvint-elle car à l’époque déjà elle l’avait trouvé irrésistible. Comme ensorcelé.

La jeune fille reprit dans sa lancée

-Ca va ? Tes yeux sont rouges. Tu veux que j’aille dans une autre pièce ou tu veux un peu de mon sang ?

Siwany la repoussa avec une grimace de dégoût

-Reste. Mais cesse donc de me proposer de boire ton sang avec un tel enthousiasme, je vais finir par croire que tu es masochiste. De toute manière ce n’est rien d’autre qu’une soif passagère, cela passera. Et toi, comment vas-tu ?

-Ca va, ça va…répondit-elle en détournant le regard.

-En es-tu sûre ?

-Sûre et certaine madame fontaine. Enfin presque.

-Que t’ont-ils fait ?

-Rien, rien d’important, je t’assure.

Siwany nota le tremblement de la voix de son amie et ne put s’empêcher d’insister

-Il devient réellement nécessaire que tu apprennes à mentir. Regarde moi droit dans les yeux et ose me répéter qu’ils ne t’ont rien fait.

Les deux filles se défièrent du regard. Comme toujours, Moïra fut la première à détourner les yeux et Siwany en profita pour observer la pièce, consciente que son amie finirait de toute façon par lui révéler ce qui s’était passé tôt ou tard.

Elles étaient dans un grand salon ou plusieurs larges fauteuils avaient été installés perpendiculairement à la cheminée et une grande table de bois trônait dans le fond entouré de plusieurs fauteuils à la reine. A la droite se situaient une petite cuisine et une salle de bains tandis qu’à la gauche, on pouvait trouver cinq chambres. Chaque chambre possédait un énorme lit à baldaquin, une table de chevet et un bureau en bois sculpté ainsi qu'une penderie et parfois une chaise. La jeune fille était sûre que son amie lui cachait quelque chose et du lutter pour ne pas insister. Elle était déçue de ne pas avoir fait attention aux souvenirs qui l’avaient assaillie lorsque Moïra l’avait touchée même si elle savait pertinemment qu’elle n’était capable de voir que les souvenirs anciens et traumatisants. Elle remarqua un petit carnet rouge sur l’une des tables de chevet et bien que piquée par la curiosité retourna dans le salon sans regarder ce qu’il y avait d’inscrit dedans. Elle avait été déçue par leurs retrouvailles. Elle s'était attendue à autre chose. Un moment plus intense. Cela avait juste été plat. Elle haussa les épaules mais elle avait beau se dire que l'important était d'avoir retrouver Moïra et pas la façon dont elles s'étaient retrouvées, elle pensait réellement que cela n'aurait pas du se passer comme cela et que quelque chose clochait sauf qu'elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Une sensation désagréable dans l’ensemble. Elle renversa le verre d’eau qu’elle s’était servie et Moïra éclata de rire. Un rire qui sonnait faux. Comme tout le reste. Elle mit cela sur le compte de la fatigue et décida d'aller se coucher mais lorsqu'elle entendit son amie passer la porte de la salle de bains, elle se ravisa et alla chercher le petit carnet rouge qu'elle avait vu quelques minutes auparavant puis s'installa sur le lit pour commencer sa lecture. La curiosité est un vilain défaut songea-t-elle avec un sourire avant de se plonger dans les pages.

 

« Cher journal,

Comme tu peux le constater, je n’ai pas eu le courage de t’abandonner la dernière fois. Je sais que j’avais promis à Siwany de ne plus tenir de journal mais elle n’est pas là et j’avais un besoin pressant de t’écrire. Les absents ont toujours tort.

Il s’est passé énormément de choses auxquelles je ne comprends rien donc j’écris. J’écris parce que je ne comprends rien. En d’autres mots, je suis paumée. J’ignore quand est-ce que j’ai commencé à perdre le fil…Sûrement lorsque nous sommes rentrées dans cette RUELLE SOMBRE et LOUCHE Quand nous avons quittées l’assistance publique, tout allait encore très bien. Enfin presque. Disons que tout allait très bien si le fait que votre meilleure amie vous demande de l’aider dans son évasion est quelque chose de parfaitement normal… De mon point de vue personnel c’est complètement dingue et je me demande pourquoi est-ce que j’ai encore une fois cédé au caprice de Siwany…Je dois être folle aussi. Je ne vois pas d’autre explication.

Bref, tout allait encore à peu près bien avant qu’elle ne décide d’entrer dans cette fichue ruelle et que nous nous y fassions endormir. Encore un coup foireux de son instinct, ça. Je ne comprends même pas qu’elle ait pu trouver un endroit pareil ATTIRANT… Il n’y a pas à dire, par moment  elle a vraiment les neurones cramés.

Je t’explique parce que là tu dois vraiment ne rien comprendre et ça m’embêterait que ce soit MOI que tu prennes pour une folle alors que c’est SIWANY qui est complètement BARJO.

>>Nous marchions tranquillement  sous la pluie sans vraiment regarder où nous allions… Tout le monde était content et là on a croisé une ruelle flippante. La ruelle ou personne n’a envie d’aller. Sauf Siwany. Elle y est allée sans réellement me demander mon avis alors moi comme une idiote je l’ai suivie. Jusque là ça va, sauf que dans la ruelle il y avait une femme bizarre et nous nous sommes faites endormir…Je ne l’avais jamais vue auparavant mais Siwany semblait la connaître, je crois que c’était la fille qu’elle avait croisée à l’enterrement et sur laquelle elle avait fait des recherches par la suite. Tu vois quand je te dis que ma meilleure amie est FOLLE…Elle fait des recherches sur des inconnues et elle lit des histoires de petites filles disparues et de parents mutilés le soir dans une chambre d’orphelinat…C’est tout sauf NORMAL.

Quand je me suis réveillée, j’étais dans une chambre d’hôpital. Enfin mi-chambre d’hôpital, mi-prison parce que je n’ai encore jamais vu de chambres d’hôpital avec des barreaux aux fenêtres et la porte fermée à clef…C’était déprimant. Et effrayant aussi. Surtout effrayant d’ailleurs. Une femme à finir par venir et s’est présentée comme étant le docteur Anna. L.. Desang. J’ai eu encore plus peur, elle ressemblait beaucoup trop à mon goût aux chirurgiens fous des films d’horreur. Elle m’a regardée de la tête aux pieds avec dédain puis m’a auscultée en poussant de longs soupirs. Et moi, comme une idiote, je me suis laissé faire. Comme si ce qui m’arrivait était la chose la plus naturelle au monde. Je suis à peine embarquée dans une affaire à laquelle je ne comprends strictement rien que je me laisse déjà observer sous toutes les coutures comme si c’était normal. Je suis définitivement idiote. A la fin, Anna (je me permets de l’appeler par son prénom) m’a regardé d’un air compatissant, elle semblait presque humaine puis m’a dit sur un ton glacial « Tu es une erreur ». Ni plus ni moins, elle n’a pas développé. Je dois avouer que sur le coup j’ai dû avoir l’air d’une débile finie. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me dise ça. Mais alors pas du tout. Puis elle a repris « Tu as été embarquée dans une erreur ». Là je comprenais mieux. J’étais même d’accord. Par contre la suite…Je ne m’y attendais pas, ses mots ont été tranchants comme une lame de rasoir. Elle s’est assise sur une chaise puis m’a expliqué qu’ils ne recherchaient que Siwany. Uniquement Siwany. Moi j’étais l’erreur. La fille qui avait été là où elle ne devait pas être. Tu dois me prendre pour une folle mais je te jure que ce que je te raconte là est réellement arrivé aussi loufoque que cela puisse paraître. Elle m’a ensuite répété plusieurs fois de ne pas m’inquiéter, que j’allais être renvoyée de là où je venais. A l’endroit exact où ils m’avaient trouvé et je ne me souviendrais de rien. Même pas de Siwany. Au début, j’ai cru qu’elle blaguait, mais non, elle m’a fixé de ses grands yeux froids et lorsque j’ai murmuré un faible « Vraiment ? », elle a acquiescé d’un signe de tête. Encore une fois, je serais inutile à Siwany. Encore une fois, je serais un fardeau pour elle. Je ne sers vraiment à rien.

J’avais la tête qui tournait et la désagréable sensation que j’allais défaillir lorsqu’Anna s’est relevée. Elle était dos à moi et s’apprêtait à sortir de la pièce lorsque j’ai murmuré sur une voix étouffée que j’avais une dernière requête. La dernière requête d’une condamnée ai-je pensé. Elle s’est immobilisée mais ne m’a pas regardé, j’ai croassé que je voulais revoir Siwany sur une voix à moitié étouffée par mes larmes… Elle a ouvert la porte et juste avant de sortir m’a répondu « Chambre 13 ». Rien de plus. Juste ces deux mots dits avec une incroyable froideur. Je suis allée dans la pièce, et j’ai attendu. J’étais persuadée que Siwany arriverait. Je n’ai même pas envisagé la possibilité que cela puisse ne pas être le cas. En attendant, je l’avoue, j’ai cédé, je t’ai sorti de mon sac et me suis mise à t’écrire. Puisque j’oublierai tout, mes promesses vis-à-vis de Siwany ne comptent pas n’est-ce pas ? Argument stupide. Ma cervelle est beaucoup trop en compote pour que j’en cherche un autre plus approprié, désolé. Les mots du docteur Desang résonnent encore dans ma tête « C’est Siwany que l’on cherchait. Toi tu es inutile. Une simple erreur. Ni plus ni moins. » Je ne peux pas m’empêcher de me demander pourquoi ils recherchent Siwany et ce qu’ils vont lui faire. Cela a peut-être un rapport avec son frère... Certains diront que je fais une fixation là-dessus mais je suis sûre que Siwany ait venue ici pour chercher son frère. Je suis sûre qu’elle s’accroche à l’espoir qu’il soit vivant. Et je suis sûre qu’il l’est. Je ne vois pas pourquoi il ne le serait pas… Peu importe, après tout, je ne l’ai jamais connu ce type. C’est à peine si j’en ai entendu parler à droite à gauche, Siwany ne m’en a jamais franchement parlé. Elle me manque.

Je vais arrêter d’écrire là car sinon je sens que je vais vraiment me mettre à pleurer…

Affectueusement.

Moïra. »

XIII.

27/09/2009 10:22 par sakyra

  • XIII.

    XIII.

    27/09/2009 10:22 par sakyra

Sheïma en avait marre, un trajet ne lui avait jamais paru aussi long. Un silence ne lui avait jamais semblé aussi pesant et son ennui n’avait jamais, au grand jamais, été aussi mortel. Elle s’arrêta pour la énième fois, attendant Siwany avec une pointe d’agacement puis repartit, gambadant avec vivacité. Elle n’avait jamais aimé les gens lents. Elle les trouvait insupportables. Surtout lorsqu’elle désirait finir une mission au plus vite soupira-t-elle.

A peine furent-elles arrivées à la clôture que la jeune fille rousse se laissa tomber sur le sol en gémissant

-Je n’en pouvais plus…Je n’aurais jamais cru que c’était aussi loin !

Sheïma la regarda rapidement puis haussa les épaules, « C’est simplement toi qui manque sérieusement d’entraînement… » songea-t-elle avec un faible sourire.

Julius les attendait devant l’entrée de la ville remarqua-t-elle ensuite avec amertume. Elle détestait les gens qui faisait correctement leur boulot, ils lui donnaient des boutons et elle était tout simplement incapable de les comprendre. Julius faisait partie de cette catégorie-là, jamais un mot en trop, il n’avait jamais du désobéir de sa vie, c’en était navrant. Désolant. Attristant. Elle continua mentalement la liste puis se dirigea vers le jeune homme avec un sourire hypocrite. Comme son travail l’exigeait, il était entièrement vêtu de noir et tenait à la main une énorme hache. De grandes cicatrices lui balafraient le visage, les inconvénients du boulot ricana-t-elle, et lorsqu’il la vit arriver sa bouche se transforma en un faible sourire le rendant tout simplement monstrueux. Il articula avec attention

-Encore en mission ?!

-Comme toujours. Une candidate de plus pour Eritoe.

Elle regarda autour d’elle puis joua avec ses cheveux avec agacement

-Tu nous laisses entrer Julius ? Je n’aime pas attendre.

L’homme la regarda puis dévisagea Siwany qui n’avait pas bougé et se contentait d’écouter la conversation avec curiosité.

-Elle ressemble étrangement à… Je ne sais pas si je peux.

Sheïma le fixa des yeux et murmura sur un ton menaçant

-Bien sûr que si tu peux. Je te conseille fortement de pouvoir.

-Moi, je te déconseille de me menacer.

Elle éclata de rire et se passa une main dans les cheveux en poussant un long soupir

-Bien sûr. Je ne te menace pas, je t’expose un fait. Cette fille est recherchée et tu auras de sérieux ennuis si tu ne me laisses pas finir ce que j’ai à faire. Ca ne te demande pas grand chose…Juste d’ouvrir cette fichue porte.

-Je vais demander l’autorisation. Elle ressemble énormément à…

Sheïma se mordit la lèvre avec nervosité puis poussa un long soupir

-Inutile de demander, c’est une buveuse de sang.

Le regard de Julius se fit soudainement glacial et ce fut sur une voix tranchante qu’il marmonna

-Tu comprends bien que je ne peux pas la laisser entrer ? C’est mon poste que je risque.

-Allez…Fais une petite exception pour moi…Ce n'est pas comme si il n'y en avait pas d'autres dans la ville...

-Tu sais bien qu’elle ne résistera pas au choc. Si je dois la faire rentrer, je préférerais qu’elle soit attachée.
Siwany n’eut pas le temps de bouger que Sheïma l’avait déjà attrapée par les cheveux, faite tomber à genoux, et lui ligotait maintenant les poignets dans le dos. Elle se releva en se frottant les mains puis s’accroupit près du visage de la jeune fille

-Eh ! Ca va ? Tu trembles. Sans rancune, hein ? Je suis désolée, tu sais…Pas eu le choix. Et puis tu me remercieras suffisamment tôt.

Siwany frissonna sous le regard inquiet de son interlocutrice

-Eh…Ca va ? Tu trembles beaucoup pour pas grand-chose, je trouve…

-Ce n’est rien, c’est passager…Je... Je n’aime pas qu’on me touche.

Sheïma retira sa main du dos de la jeune fille puis ajouta

-D’accord, tant mieux. Moi je n’aime pas livrer de la marchandise endommagée, je suis moins bien payée après…

Elle se releva puis se tourna à nouveau vers Julius

-C’est bon, c’est fait. Tu nous laisses entrer ou tu attends que je m’énerve sincèrement ?

L’homme la dévisagea avec panique, il avait déjà vu Sheïma s’énerver et ce n’était pas le genre de choses qu’il désirait revoir. Il se rappelait parfaitement de la fois ou, à bout de nerfs, elle l’avait encastré dans le mur. C’était le genre de choses que l’on n’oublie pas.
-C’est bon, c’est bon…Entrez.

Sheïma ne put s’empêcher de jubiler et poussa Siwany devant elle avec peu de respect. La jeune fille rousse roula dans la poussière et dès qu’elle eut passé les portes comprit pourquoi on l’avait attachée.

La ville entière sentait le sang. Le délicieux arôme lui enveloppait et lui brouillait les sens. Sa gorge la brûlait, et la soif lui détruisait le ventre. Ses yeux devinrent rouges et elle crut d’abord qu’elle allait s’évanouir mais cela ne fut pas le cas et elle ne fit que se tordre de douleur tant c’était insupportable. Cette odeur qui flottait et lui chatouillait les narines la crispait. Si elle n’avait pas été ligotée, toutes les personnes présentes seraient sûrement déjà mortes à l’heure qu’il est songea-t-elle. Il n’y aurait plus qu’un tas de cadavres vidés de leur sang. Elle se força à respirer calmement bien qu’elle sache que quoi qu’elle fasse elle ne parviendrait pas à se calmer. C’était tout simplement impossible de faire comme si l’odeur n’existait pas, elle était partout à la fois. Sheïma lui jeta un regard glacial puis lui donna un coup de pied dans le dos pour la forcer à avancer. Siwany récupéra de justesse son équilibre et avança sous les ordres de sa guide en s’efforçant d’oublier la vision d’une enfant tuant deux personnes âgées qui la hantait et lui revenait dès que la jeune femme la frôlait. Elle chassa cette pensée de sa tête, ce n’était pas le moment de réfléchir sur les souvenirs des gens qu’elle ne connaissait pas et se décida donc à observer la ville. Cela ressemblait plus à un village d’ailleurs. A un village comme elle imaginait qu’on les faisait au Moyen-âge. Les gens allaient et venaient sans même les regarder ce qui exaspéra Siwany. On ne se lasse pas facilement de son habitude à être craint par toute une population songea-t-elle avant de constater qu’elles ne croisaient que des femmes. De plus celles-ci étaient vêtues de somptueux atours comme si elles allaient à une soirée et pas simplement au marché. Elle esquissa un sourire, il y avait sûrement plus confortable pour courir. Elle regarda ses pieds et soupira, il y avait aussi plus pratique que des talons aiguilles pour marcher dans des rues pareilles.

Elle traversa ainsi toute la ville, ligotée, suivie de Sheïma, elles ne s’arrêtèrent enfin que devant un bâtiment auquel était accroché un petit écriteau en bois où il était inscrit « Eritoe ». Sheïma ouvrit la porte à la volée, fit rentrer Siwany d’une forte claque dans le dos puis la libéra de ses liens.

-Ne quitte pas les lieux, tu te ferais descendre. Et n’essayes surtout pas de boire qui que ce soit, ce serait assez mal vu.

-Que suis-je censée faire ?

-Attendre. Quelqu’un va venir te chercher, ne t’en fais pas, ça ne devrait pas être long.

Sheïma lui adressa un petit signe d’au revoir avant de s’en aller comme si de rien n’était, sa mission était finie constata-t-elle presque avec regret. Elle se retourna tout de même une dernière fois avant de tourner à l’angle de la rue et murmura simplement « Bonne chance » avant de disparaître. Siwany la regarda partir avec un regard neutre et se décida à attendre, elle commençait réellement à se demander où elle était tombée et quand est-ce qu’elle reverrait Moïra. Celle-ci lui manquait bien plus qu’elle ne l’aurait cru possible et elle se sentait désespérément seule.

XII.

09/09/2009 11:43 par sakyra

  • XII.

    XII.

    09/09/2009 11:43 par sakyra

Lorsque Siwany se réveilla, elle était allongée dans l’herbe et Sheïma lui tournait le dos. Elle s’assit en marmonnant, elle avait une migraine épouvantable et de vagues souvenirs de la veille lui tourbillonnaient dans la tête. Elle regarda autour d’elle avec un calme dont elle ne se savait pas capable en de telles circonstances. Elle était dans une prairie qui s’étendait à perte de vue et il n’y avait nulle part trace de Moïra, elle se releva en époussetant les brins d’herbes qui s’étaient collés à sa jupe et retombaient mollement sur ses bottes en cuir puis Sheïma se tourna vers elle avec le même regard neutre qu’à l’ordinaire

-Heureuse de voir que tu es réveillée ! J’en avais marre d’attendre, c’était tellement ennuyeux…C’est étonnant le temps que tu peux passer à roupiller !

Siwany lui jeta un regard noir puis grommela

-Mon sommeil à toujours été profond. Où est Moïra ?

-Tu crois que tu es en bonne santé ? C’est effrayant de dormir autant.

-Réponds à ma question.

-Je l’ai emmenée dans un endroit où elle serait en…sécurité puisque je ne savais pas pendant combien de temps tu continuerais à ronfler…

-J’aimerais la voir. Maintenant..

-Tu es toujours aussi désagréable au réveil ? C’est étrange d’être aussi irascible, non ? On n’harcèle pas les gens en leur posant plein de questions lorsque l’on vient de se lever normalement.

-Quand on se réveille dans un endroit inconnu par une fille recherchée depuis cent cinquante ans dans une ruelle louche, si.

Une lueur d’amusement passa dans le regard de Sheïma

-Je ne vois absolument pas de quoi tu parles…

-Je pense que si, tu vois très bien de quoi je parle, Ambre.

La jeune femme éclata de rire, un rire froid, un rire glacial et murmura

-Tu ferais mieux de m’être reconnaissante, ça fait un an et demi que je te cherche…

-Oh, excuse moi, il est vrai que maintenant que tu présentes les choses comme ça je te suis on ne peut plus reconnaissante.

Elle s’arrêta, exaspérée puis reprit sur un ton moins ironique et bien plus calme

-Quitte à rester dans cette fichue prairie à papoter, tu ne voudrais pas m’expliquer pourquoi je suis recherchée plutôt que de présenter la chose comme si elle était évidente ?

Sheïma ne lui adressa même pas un regard et sortit de sa poche le pendentif en forme de soleil de Siwany et le lui lança

-Tu devrais le remettre, ce n’est pas pour rien que l’on t’a demandé de ne jamais l’enlever…On a bien dû te dire quelque chose dessus, non ? Attends, ne réponds pas, laisse moi deviner…Une malédiction ?

Siwany acquiesça d’un signe de tête et Sheïma reprit la parole sur une voix narquoise

-Et bien, JE suis la malédiction en question…

-Tu n’as pas répondu à ma question. Pourquoi suis-je recherchée ?

-Sincèrement, je ne pense pas avoir mérité que l’on m’appelle la malédiction, je n’ai rien fait de mal. Tu ne trouves pas cela exagéré toi aussi ? C’est n’importe quoi, je ne porte pas malheur ni rien…

Siwany leva les yeux au ciel et ne répondit rien, elle avait déjà renoncé à obtenir une réponse de son interlocutrice, celle-ci la fatiguait sans même s’en rendre compte. Elle s’allongea dans l’herbe puis murmura à mi-voix

-Où sommes nous ?

-Je n’ai pas le droit de te répondre. Je n’ai même pas le droit de te parler en fait. On me donne les ordres, j’obéis, ni plus ni moins.

-Tu n’as pas vraiment l’air d’être le genre de personne qui se contente d’obéir répondit-elle, dubitative.

-Il y a certaines personnes qu’il vaut mieux ne pas se mettre à dos, et crois moi, ceux qui te recherchent ne sont pas des enfants de cœur. Tout un clan te réclame et je n’ai aucune raison de me rebeller contre eux d’autant plus que seule contre autant de monde je n’ai aucune chance de remporter la bataille donc j’obéis. Cela ne va pas chercher plus loin, le plus fort a toujours raison.

Sheïma la dévisagea avec insistance, plus elle regardait la jeune fille plus elle trouvait que celle-ci ressemblait à son frère lorsqu’il était plus jeune, elle soupira

-Ne vas pas à leur encontre, Siwany, ce serait bête de gâcher ta vie pour rien alors que tu es quelqu’un de valeur. De très grande valeur.

-Oui et mon arrière grand-mère était reine d’Angleterre.

-Angleterre ?

La jeune fille la regarda abasourdie et se passa la main dans les cheveux avec un soupir exaspéré

-Non rien. C’était de l’humour mais visiblement tu n’as pas compris, ce n’est pas bien grave. Ce n’est pas comme si c’était drôle.

Sheïma haussa les épaules pour montrer que cela lui était égal mais elle mourrait d’envie de savoir ce qu’était l’Angleterre, elle se renseignerait plus tard lorsqu’elle aurait fini sa mission. Elle s’étira, elle en avait marre. Plus le temps passait, plus elle s’ennuyait dans ses missions, c’était vraiment déprimant. Vivement qu’il y ait du changement, pensa-t-elle avant de se tourner vers Siwany

-Bon, puisque maintenant tu as l’air bien réveillée, je devrais peut-être t’emmener voir Moïra, non ?

La jeune fille acquiesça en se demandant où son amie pouvait bien être. Elle n’avait déjà aucune idée de l’endroit où elle était elle-même mais cela ne l’empêchait pas de savoir que si elle ne retrouvait pas Moïra très prochainement elle aurait des envies de meurtres.

Elles  avancèrent dans un silence pesant, visiblement, elles n’avaient plus rien à se dire et ne semblaient pas éprouver beaucoup d’intérêt l’une pour l’autre. En vérité, Sheïma se retenait à grand peine de poser les questions qui lui brûlaient les lèvres mais elle ne dit rien, elle n’avait pas le droit de sympathiser avec les gens qu’elle escortait.

Siwany grommela, la prairie était tellement immense qu’elle n’en voyait pas le bout et elle en avait déjà marre de marcher sans savoir où elle allait et pour une fois elle comprenait pourquoi Moïra râlait lorsqu’elle ne lui indiquait pas leur destination. Elle s’apprêtait à ronchonner lorsqu’elle aperçut ce qui semblait être une immense forêt et une gigantesques palissade qui se dessinaient sur le coté. Bien qu’elle ne sache pas où elle était elle était sûre d’une chose, c’était derrière cette clôture qu’on l’emmenait.  

XI.

02/09/2009 17:45 par sakyra

  • XI.

    XI.

    02/09/2009 17:45 par sakyra

Elles marchèrent plusieurs heures, seules leurs paroles brisaient le silence pesant qui les entourait. Puisqu’elles ne savaient pas où aller Moïra avait proposé qu’elles rejoignent une de ses grandes tantes qui était gentille, gentille étant un bien grand mot pour dire qu’elle n’était simplement pas méchante mais Siwany avait refusé. Elle n’avait même pas réfléchi à la proposition, elle avait tout de suite dit non songea Moïra avec amertume. Son amie était toujours comme ça, elle décidait toute seule dans son coin de suivre son instinct et tout le monde devait la suivre. Certes, le sixième sens de Siwany la trompait rarement mais même si Moïra avait fini par s’y habituer, elle continuait à être blessée par ce comportement légèrement égoïste. Elle n’en disait cependant rien pour la simple et bonne raison que personne ne lui demandait son avis.

Les deux filles babillèrent sur tout le chemin, parlant de tout et de rien. Surtout de rien d’ailleurs et parfois entre deux phrases apparaissait un lourd silence qu’elles s’empressaient de rompre avant qu’il ne devienne trop pesant. Elles ignoraient où elles allaient, dépassant les rues les unes après les autres sans même essayer de se repérer, marchant au gré de leurs humeurs. Le temps défilait sans même qu’elles ne s’en rendent compte, cela ne les intéressait pas. Plus rien ne semblait les intéresser. Le son de leur voix résonnaient dans les ruelles qu’elles traversaient et elles semblaient inséparables, invulnérables, soudées par une confiance mutuelle et les années passées…

Siwany sortit de sa poche son pendule au moment où la pluie commença à tomber avec force dans un bruit mélodieux, arrosant tout sur son passage. Moïra leva la tête et son visage se fendit d’un sourire éblouissant lorsque les premières gouttes rentrèrent en contact avec sa peau. Elle n’aurait su dire pourquoi mais elle adorait la pluie, elle adorait l’eau. Elle resta immobile à sentir le contact des perles de pluie qui s’écrasaient sur ses joues, dégoulinaient dans ses cheveux et son cou…Siwany la regarda avec amusement et se concentra sur le balancement du pendule avec une grimace

-Je hais la pluie. Il est impossible de se concentrer avec l’impression d’être sous une douche froide !

Moïra la regarda de ses grands yeux pâles et émit un petit rire

-Arrête de râler. On va par où ?

Siwany regarda autour d’elle et la ruelle attira son regard avant même que le pendule ne se mette à s’agiter entre ses mains. C’était exactement le genre d’endroit où personne de censé n’a envie d’aller songea la jeune fille. Elle la désigna du doigt à son amie qui la fixa d’un œil interrogatoire et lui demanda d’une voix tremblante

-Tu veux aller dans…cette ruelle ?!

-Tu la trouves aussi bizarre ?

-Ça dépend ce que tu appelles bizarre. Si ça mentionne des esprits en vadrouille, non, elle me paraît quelconque. Si tu penses que cette ruelle a l’air d’être le genre d’endroit où tu t’installerais si tu étais trafiquante de drogues alors oui je la trouve bizarre pour ne pas dire louche.

Siwany esquissa un sourire, pourquoi avait-elle tellement envie de s’engouffrer dans cette rue ? Elle haussa les épaules et regarda son amie avec un large sourire

-Passons par là.

-Pourquoi ?!

-Parce que. Cette rue est étrange, elle m’attire.

-Génial. Tu vas dire que je deviens parano mais je n’ai pas envie d’aller dans cette ruelle simplement parce que ma meilleure amie qui a du abuser sur les champis hallucinogènes voit un endroit louche digne d’un trafic de drogue comme un coin attirant…

-Il n’est pas nécessaire d’autant exagérer. Allez, viens.

Moïra grimaça, son amie semblait toujours voir le monde différemment. Elle était prête à parier que si elle tombait nez à nez avec des morts-vivants dans un cimetière celle-ci ne saurait pas quoi dire d’autres que « Il faut reconnaître qu’ils sont mignons ! » ou « Bonjour, je me nomme Siwany Mower. Puis-je avoir l’honneur de connaître votre nom ? ». C’était définitif, elle avait les neurones cramés.
Siwany rentra dans la petite rue sans plus réfléchir et sans même essayer de convaincre son amie, sachant pertinemment que cela n’était pas possible. Elle fut déçue. Elle avait beau trouver les maisons délabrées qui l’entourait magnifiques, cela finissait en une simple impasse. Une impasse quelconque en plus. Elle ne sut pas comment cacher sa déception, elle ne savait pas à quoi elle s’attendait mais pas à ça.
Moïra la regarda avec inquiétude et murmura sur une voix angoissée qui résonna

-On peut y aller maintenant ? Cet endroit me fout la trouille, Siwany.

-Les maisons sont jolies pourtant.
Moïra la regarda comme si elle était folle. Elle répéta avec incrédulité

-Les maisons sont…jolies…

Tout d’abord Siwany ne répondit rien et poussa un long soupir puis elle murmura avec agitation

-Cet endroit est magnifique. Si je dois tuer quelqu’un un jour, je le ferais bien ici.

-Arrête.

La jeune fille se tourna vers elle et se rapprocha avec une lueur sadique dans les yeux

-Pourquoi ? Aurais-tu peur ? Tu trembles…

Un large sourire éclaira son visage et elle ajouta en riant

-Je te taquine.

Moïra lui jeta un regard noir et observa ses chaussures tachées de boue avant de se passer la main dans ses cheveux encore mouillés. Qu’est-ce qui lui avait prit de venir ici ? Il fallait vraiment qu’elle arrête de céder aux délires de son amie ou cela finirait mal. Voire très mal.

Ce fut pendant qu’elle riait que Siwany se rendit compte qu’elles n’étaient pas seules dans l’impasse. Cela la stoppa net dans son rire, d’ordinaire elle se rendait toujours compte de ce genre de choses… Elle frissonna, il y avait bel et bien une femme qui se tenait adossée au mur dans une position décontractée et fumait une cigarette. Siwany la dévisagea avec curiosité et impolitesse, l’inconnue lui semblait familière, elle était sûre de l’avoir déjà vue quelque part. Seulement, elle ne savait plus où. Ce visage aux traits fins, aux cheveux noirs et ondulés lui arrivant en dessous des seins, ses grands yeux marrons...La femme devait avoir seize ans, peut-être dix-sept mais pas plus. Il y avait quelque chose que Siwany reconnaissait dans  cette femme, elle en aurait mit sa main à couper. Même la façon qu’avait celle-ci de tenir sa cigarette lui semblait connue. La mémoire lui revint comme une illumination et elle se tourna vers la jeune femme, l’inconnue du cimetière, Ambre Klarington.

-Je n’aurai pas pensé vous revoir en de telles circonstances, Sheïma.

Elle avait involontairement insisté sur le dernier mot et frissonna lorsque la femme releva la tête, la dévisageant de son regard perçant et se mit à la réprimander comme on le fait avec un enfant qui vient de faire une bêtise

« Je vous signale que vous avez quatre minutes de retard ! Comment vous voulez que je fasse correctement mon travail si vous vous permettez d’arriver en retard ? Non mais sérieusement... ». Moïra échangea avec Siwany un regard surpris et interrogatif et ne put s’empêcher de murmurer avec ironie et en reculant prise de panique

-Je les trouve de plus en plus jolies les maisons de cette ruelle…

Siwany réprima un rire et la femme reprit la parole d’une voix plus calme « Bien, commençons les présentations. Je m’appelle Sheïma. Enchantée de faire votre connaissance. J’ai dix sept-ans, je ne sais pas nager et je n’aime pas les poireaux. Si, si, vraiment. Ma couleur préférée est le gris, c’est très passe-partout comme couleur et peu salissant, j’aime beaucoup. J’adore parler, mes cheveux m’exaspèrent, je ne me souviens plus du  titre du dernier livre que j’ai lu et ma mère ne m’emmène jamais faire les courses. Ca a traumatisé mon enfance, j’aurais adoré faire les courses avec ma mère si elle n’était pas morte. J’adore cirer les chaussures sans talons et uniquement celles sans talons, m’asseoir sur une machine à laver et j’écris à la plume…Mais trêve de bavardages ! Il serait temps qu’on y aille, on va vraiment être en retard sinon…Vous vous en fichez, ça se voit, avec quatre minutes de retard vous vous en moquez forcément mais moi je ne peux pas me permettre ce genre de fantaisie… »

Siwany haussa un sourcil, malgré ce flot de paroles, la femme semblait absente, elle n’était présente que par ce qu’elle disait et durant tout son discours son visage resta neutre. La jeune fille haussa les épaules, cela ne la regardait pas après tout.

Moïra quant à elle n’avait qu’une envie : partir. Cette femme était bizarre. Les gens normaux ne se présentent pas comme ça songea-t-elle en tremblant. Elle s’apprêtait à faire demi-tour lorsque la femme se rapprocha d’elle. De mieux en mieux, murmura Moïra avec ironie et en reculant doucement, si je n’exagérais pas toujours et n’étais pas parano je penserais sincèrement qu’on est dans la … Elle ne finit pas sa phrase et frissonna en remarquant que Sheïma n’était maintenant qu’à quelques pas.

Celle-ci la regardait en souriant, un sourire glacial qui aurait pu vouloir dire « Je vais te tuer » comme « Désolé, tu ne m’intéresses pas » ou « Je suis cannibale » puis marmonna quelques mots incompréhensibles en posant sa main sur le sol. Une lumière blanche traversa la ruelle et tout disparut autour des trois filles, la lumière les enveloppait. Les maisons avaient disparues et il ne restait plus rien d’autre qu’un halo blanc qui les entourait. Siwany ria, c’était comme être dans du lait. A la différence près que ce n’était pas liquide.

Elle sentit son sang s’emballer soudainement dans ses veines et son cœur s’exciter. Sa soif reprenait le dessus, constata-t-elle avec une grimace, elle tenta de se relever et ce fut à ce moment-là qu’elle remarqua qu’elle ne contrôlait plus ses membres. Elle était comme paralysée. Affolée, elle jeta un regard oblique à Moïra qui ne bougeait plus non plus. Une peur panique s’empara d’elle mais elle n’eut pas le temps de s’inquiéter davantage et tomba inconsciente.

X.

31/08/2009 16:34 par sakyra

  • X.

    X.

    31/08/2009 16:34 par sakyra

Siwany faisait les cent pas dans sa chambre, elle n’avait pas trouvé meilleure occupation après avoir passé une heure à compter les tics tacs de l’horloge. Elle détestait attendre. Surtout aux côtés d’une horloge. Dans ces moments-là le temps lui paraissait toujours beaucoup plus long qu’il ne l’était réellement et cela la faisait angoisser. Cette fois-ci encore plus que d’habitude constata-t-elle avec agacement. Elle se demandait si Moïra viendrait, elle n’avait aucun moyen d’en être sûre et son amie n’avait pas eu l’air enthousiasmée par l’idée. Elle avait même sérieusement eu l’air de la prendre pour une folle lorsqu’elle lui avait exposé son projet mais après tout cela ne voulait rien dire. Son amie avait toujours l’air de la prendre pour une folle. Parfois, elle en finissait même par se poser des questions.

Elle en était à un stade où parmi tous les sentiments contradictoires qui envahissaient son cerveau seul le doute détonnait. Il ne se consistait pas d’assister à la scène, il régnait, il n’y avait plus que cela : le doute. Siwany se concentra à nouveau sur l’horloge, attendre anéantissait le peu de patience qu’il lui restait encore, la patience n’ayant jamais été son point fort. Elle soupira, s’occuper, il fallait qu’elle s’occupe. Au moins jusque minuit. Après elle partirait, meilleure amie ou pas. Elle avait déjà fait son sac, y entassant tout ce qu’elle estimait avoir une quelconque valeur sentimentale ou utilitaire, soit le carnet à rêves de sa grand-mère qu’elle avait récupéré, son pendentif, le petit cadre bleu dont le verre était brisé, son pendule, ses cartes de tarot…et de quoi survivre pendant quelques jours.

Elle prit les cartes et s’apprêtait à les tirer pour la énième fois de la journée lorsqu’elle entendit frapper à la fenêtre, elle souffla la bougie qui l’éclairait faiblement et se releva en râlant. Les gens avaient le don pour venir au mauvais moment pesta-t-elle en ouvrant la fenêtre et tombant nez à nez avec Moïra, plus souriante que jamais. La divination serait remise à plus tard songea-t-elle en adressant un large sourire à son amie, elle était heureuse que celle-ci soit là. Soudainement, les choses s’annonçaient beaucoup plus palpitantes.

Beaucoup plus compliquées aussi, Moïra est parfois tellement peu dégourdie...

Comme pour confirmer ses dires Moïra perdit l’équilibre en essayant d’enjamber le rebord de la fenêtre et s’étala de tout son long sur le sol de la chambre ce qui fit éclater de rire son amie. Elle se releva en dépoussiérant son jean et débita un flot continu de paroles avec une voix enjouée et de grands gestes

-Je suis venue plus tôt que prévu, j’ai profité du fait que mon père soit saoul pour m’éclipser discrètement, j’ai vraiment eu l’impression d’être une fugueuse, j’ai eu tellement peur que mon père rentre dans ma chambre au moment où je sortais ! Tu sais comme dans les films […] En tout cas, je suis sûre que mon père ne s’est douté de rien !

Elle arrêta de parler pour reprendre son souffle quelques instants et afficha une mine réjouie, elle était visiblement très fière d’elle alors que même un éléphant aurait pu sortir de chez elle sans que son père ne le remarque. Siwany opta pour une réponse neutre

-Je suis contente que tu sois là.

C’était vrai. D’autant plus qu’elle savait que Moïra n’était pas d’accord avec son idée mais elle trouvait que celle-ci ne pouvait pas lui montrer davantage d’estime autrement qu'en faisant ce qu'elle venait de faire, lui prouver qu'elle respectait ses opinions, ses idées et sa façon de penser même si elle n'était pas forcément d'accord. Moïra lui adressa un large sourire

-L'amitié, ce n'est pas d'être avec ses amis quand ils ont raison, c'est d'être avec eux même quand ils ont tort. 

-Parce que tu penses que j’ai tort ?! demanda la jeune fille avec surprise.

-Je ne sais pas. Mais dans les deux cas je suis censée être là donc la question ne se pose même pas…Tu peux allumer la lumière ?

Siwany poussa un soupir, Moïra avait habilement détourné la conversation, elle pensait sûrement que ce plan était de la pure folie. Et elle avait sûrement raison. Siwany se dirigea vers l’interrupteur le plus proche, elle avait oublié que toutes les lumières étaient éteintes, l’obscurité ne l’ayant jamais réellement dérangée. Elle alluma la lampe qui diffusa une faible lumière dans la pièce et murmura

-Cet éclairage là te suffit ?

Moïra acquiesça d’un signe de tête et regarda son amie avec un large sourire. Celle-ci avait relevé ses cheveux en une queue de cheval haute et s’était vêtue d’une jupe noire plissée, d’un pull noir à col roulé et d’un blouson de cuir  assorti à ses cuissardes à talons aiguilles d’une bonne dizaine de centimètres.

 

Sur n’importe qui d’autre, cela paraîtrait vulgaire mais sur elle c’est simplement… classe. Et intimidant. Alors que moi…

 

Elle jeta un rapide coup d’œil à son jean défraîchi et ses baskets bleues avant de pousser un long soupir.

 

Alors que moi, je fais tout simplement tache à côté d’elle.

 

Elle repoussa une des mèches de cheveux qui lui tombait dans les yeux et regarda la table où étaient encore posées les cartes et la bougie avec un sourire

-Tu tirais les cartes ?

-Comment ? Ah, oui. J’obtiens toujours le même résultat depuis que je suis ici, un voyage.

-C’est pour ça que tu veux partir ?

La jeune fille haussa les épaules en s’asseyant sur le lit

-Entre autres. La raison principale de mon départ et que je refuse de rester ici mais après on peut en trouver beaucoup d’autres.

-Comme chercher à savoir si ton frère est vivant ?

-Par exemple. C’est un but comme un autre.

Moïra hocha la tête et laissa son regard vagabonder dans la pièce, il finit par s’arrêter sur une pile de journaux dans un coin et une liasse de papiers

-Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle en les désignant du doigt

-Oh…ça. Une recherche. Tu te souviens de la fille dont je t’ai parlée au cimetière ? Celle qui n’avait pas d’aura.

-Hum…Oui, vaguement.

-Je suis allée me renseigner à la bibliothèque et me suis procurée quelques journaux de l’époque, cette fille a été portée disparue en 1856 alors qu’elle n’avait que deux ans.

-1856 ? Mais elle a quel âge ?!

-Logiquement, un peu plus de cent cinquante ans. C’est d’autant plus surprenant qu’elle ne semble pas dépasser la vingtaine…

Moïra lui jeta un regard en biais

 -Tu es sûre que c’était elle ?! demanda-t-elle, dubitative.

-Je ne suis sûre de rien, je me renseignais c’est tout, je ne peux pas être sûre que la fille de cet avis de recherche soit la même que celle que j’ai vue, non. En tout cas, elles portent le même nom. Et il y a un autre détail qui me chiffonne.

-Lequel ?

-Les parents de la jeune fille disparue ont été tués quarante ans plus tard, en 1901, lorsqu’ils étaient respectivement âgés de soixante dix-sept et quatre-vingt ans. Je suis certaine que les parents de cette jeune fille et les gens que j’ai vu se faire taillader sont les mêmes personnes.

-Tu lis souvent ce genre de choses ? C’est assez macabre …

-Il n’y a rien de mieux pour s’endormir le soir.

 

Moïra lui jeta un regard horrifié et la jeune fille se sentit obligée d’ajouter

-Je blague.

-J’ose espérer, dit-elle avant d’ajouter : c’est rare que tu m’en dises autant sur les souvenirs de quelqu’un…

-Je n’avais pas à laisser traîner là ces journaux alors que je savais que tu viendrais, ta question était légitime et je me suis donc sentie obligée de t’y répondre.

Elle hésita quelques instants puis reprit la parole

-Et puis cette affaire me trouble et j’aurais aimé avoir un avis extérieur.

-Tu veux dire que tu as besoin de moi pour savoir qu’une fille de cent cinquante ans qui en paraît vingt ne peut pas exister ?

Siwany éclata de rire, elle ne s’était pas attendue à une telle réponse. Elle regarda son amie et murmura avec ironie

-Tu as pour meilleure amie une fille qui boit du sang, voit des morts et des auras partout et tu ne croies pas à la possibilité qu’il existe quelque part une femme de cent cinquante ans en paraissant beaucoup moins ?

-Ce n’est pas la même chose.

-Il faudra que tu m’expliques la différence…

Il y eut un court silence qui fit rire Siwany puis elles changèrent radicalement de sujet et discutèrent avec entrain de tout ce qui leur passait par la tête durant le temps qui leur restait avant minuit. Un temps qu’elles trouvaient long et court à la fois. De longues minutes qu’elles passèrent à se raconter des histoires et des ragots comme si elles avaient le sentiment qu’elles ne pourraient plus jamais le faire. Lorsque les deux aiguilles furent sur le douze, Siwany se releva presque à regret et s’étira puis sortit de son sac son pendule et le glissa dans sa poche

-Il est temps d’y aller.

Elles sortirent par la fenêtre en se retenant à grand peine de pouffer de rire. Lorsqu’elles posèrent le pied au sol, le vent leur agressa le visage mais aussi fort que puisse être son souffle, Siwany ne ressentit qu’une caresse qui lui procura un sentiment de bonheur provisoire. Une sensation de liberté, c’était comme si le monde s’arrêtait de tourner pour la laisser rêver. Elle échangea un regard complice avec Moïra puis elles se mirent en route sans rien dire de plus.

IX.

31/08/2009 16:23 par sakyra

  • IX.

    IX.

    31/08/2009 16:23 par sakyra

Moïra ne savait pas si elle était heureuse d’avoir revue Siwany ou non. Son amie s’était enfermée pendant un temps qui lui avait paru incroyablement long en refusant de parler à qui que ce soit et semblait maintenant complètement délirer. D’accord, Siwany n’avait jamais été très saine d’esprit mais elle semblait maintenant bonne pour l’asile. Il y avait une limite à tout et en ce qui concernait son amie, cette limite était depuis longtemps largement dépassée.

Prise d’une soudaine inspiration, Moïra sortit d’un petit coffre en bois qu’elle avait mis sous son lit son journal intime et commença à écrire les mots qu’elle aurait aimé dire de vive voix si elle avait eu quelqu’un pour l’écouter.

« Bonjour,

 

J’ai constaté aujourd’hui que cela fait déjà près de cinq ans que je tiens ce journal, que j’ai commencé à t’écrire. Je n’avais jamais réalisé que cela faisait si longtemps, même ma rencontre avec Siwany est transcrite dans tes pages. Je reconnais que ces derniers temps, je t’ai quelque peu délaissé et je m’en excuse. De toute façon, cela importe peu, c’est la dernière fois que je te parle. Siwany a raison, j’ai passé l’âge d’écrire dans un journal et c’est une manie ridicule. Même si toutes les manies sont ridicules, réflexion faites.

 

 

J’ai enfin revu Siwany aujourd’hui, je ne l’avais pas revue depuis le décès de Fanny. Cela l’a complètement chamboulée. Elle ne venait plus à l’école et ne donnait aucune nouvelle. Cela me rassure de savoir qu’elle va bien même si elle me parait étrange, elle devrait vraiment se reposer on dirait qu’elle n’a pas dormi depuis des siècles, j’ai honte de dire ça mais elle fait peur à voir. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait plus cédé au désir de mon sang et qu’elle ne l’avait plus bu avec tant d’avidité. D’ordinaire, elle refuse d’avoir à céder, elle refuse d’avoir à me « blesser » tant et si bien que j’en avais oublié la sensation que cela procure, ce sentiment de bonheur intense.

 

 

Je ne comprends pas qu’elle puisse dire que cela me blesse, même si j’ai mal après coup, rien ne pourrait remplacer ce que je peux ressentir dans ces moments là. Dans tous les cas, ma souffrance importe peu tant que je peux l’aider. Je le peux rarement et lui donner de mon sang est la moindre des choses même si je dois reconnaître que j’ai maintenant un peu mal à l’endroit où elle a planté ses crocs mais ça va passer. Ca passe toujours. Je me rappelle lui avoir un jour demandé ce qu’elle ressentait lorsqu’elle me mordait et elle m’avait répondu sur une voix joyeuse « Du soulagement et un bonheur profond sur le coup, presque de l’euphorie. Après tous les souvenirs de la personne, même les plus intimes, me parviennent et là ça devient passionnel. Fusionnel. J’ai vraiment la sensation de ne faire plus qu’un avec ma victime et même si de mon côté ce moment est fantastique, je me sens mal vis à vis de l’autre. C’est une violation de son intimité ». J’avais trouvé cela magnifique. Même lorsqu’elle est « euphorique » pour citer ses propres mots, elle pense avant tout aux autres et rien que pour ça je ne peux pas m’empêcher de l’admirer, elle et ses principes. Je sais qu’en aucun cas, elle ne révélerait ce qu’elle voit en touchant les gens, qu’elle ne quitterait jamais quelqu’un sans explication…Qu’elle ne se permettrait tout simplement pas de faire quoique ce soit qui puisse être apparenté à une trahison.

 

 

Je trouve qu’elle a beaucoup changée depuis l’enterrement. J’imagine que tour a commencé avec la lettre de sa grand-mère disant qu’il était possible que son frère soit vivant…Tu imagines ?  Je comprends qu’elle soit chamboulée. Cela fait six ans qu’elle le considère comme mort et enterré et là, soudainement… C’est comme si l’on m’apprenait subitement que ma mère est vivante, il a de quoi devenir fou. Il y a aussi eu cette fille à l’enterrement, Siwany trouvait son aura étrange et cela semblait la bouleverser. Je ne sais plus comment elle a qualifié cela…Ah oui, « elle n’avait aucune aura. Ou plutôt, elle en avait une mais elle était comme celle des esprits, elle ne voulait rien dire. »

 

Je n’ai rien dit à ce moment-là mais je dois reconnaître qu’elle m’avait semblée bizarre et voilà qu’aujourd’hui elle a décidé  de s’évader de l’assistance publique. Sur le coup, je dois bien l’avouer, j’ai cru que j’hallucinais, que j’entendais des voix ou que je fabulais mais non. Elle était on ne peut plus sérieuse. Siwany est toujours sérieuse. Je n’ai rien dit. Elle m’effrayait tout simplement trop à ce moment-là pour que je dise quoique ce soit mais je pense sérieusement qu’elle est devenue complètement folle. Je veux bien admettre et comprendre que la mort de Fanny soit un choc pour elle, c’est compréhensible, ça l’a été pour tout le monde mais tout de même… J’espère qu’elle ne croit tout de même pas ce qu’elle raconte, si ça se trouve elle n’est pas consciente que ce qu’elle dit n’a ni queue ni tête… Je m’inquiète sûrement trop mais je ne pense pas que l’assistance publique soit une bonne chose pour elle. Elle y était déjà allée après le décès de ses parents (et de son frère ?) et je doute que ça lui ait laissé bon souvenir…Elle ne parle que très peu de cette période là de sa vie, elle ne parle pas beaucoup d’elle et de son passé tout court d’ailleurs. C’est sa façon de se protéger des souvenirs qui la hantent j’imagine.  

Un jour sa grand-mère m’avait dit qu’elle idolâtrait complètement ses parents et cela m’avait surprise. Je n’avais jamais pensé, ni même envisagé que Siwany puisse idolâtrer quelqu’un. Ces deux mots ne me semblaient pas joignables. Même maintenant, malgré le recul, c’est toujours aussi surprenant. Siwany ne m’a jamais parlé de ses parents aussi loin que je me souvienne mais je me rappelle d’une fois où elle a mentionné sa rencontre avec Fanny le jour de l’enterrement. Elle avait prit un ton étrangement mélancolique et ses yeux s’étaient embrumés. Cela m’avait tant marquée que je me souviens mot pour mot de ce qu’elle avait dit « La première fois que j’ai vu Fanny, j’ai eu une absence de conscience pendant quelques secondes. Ce n’était pas comme dans les films, il n’y a pas eu le premier regard ou je me suis dit « C’est elle », juste un vide. Un énorme vide. Et quand elle s’est présentée à moi et m’a serré la main, j’ai paniqué en me rendant compte que je n’avais pas accès à ses souvenirs…C’est à ce moment là qu’elle m’a souri pour la première fois. Comme si elle me connaissait par cœur, comme si elle connaissait mon don. Et tu vois, je ne me souviens rien d’autre de cette journée, juste ce fichu sourire. C’est la seule chose qui m’est marquée et je trouve cela franchement énervant. Parmi tout ce dont j’aurai dû me souvenir, il n’y a que ce détail insignifiant qui m’est resté avec clarté…» Elle parlait de Fanny avec un ton admiratif et sincère qui m’avait mis les larmes aux yeux, elle était d’ordinaire tellement méprisante… Elle est toujours tellement… Je ne sais pas comment la qualifier. Je ne sais jamais ce qui lui passe par la tête alors que je suis sa meilleure amie. La seule aussi. Je crois que je ne comprendrais jamais ce qu’une fille aussi géniale a bien pu faire pour être autant détestée, fuie et crainte toute sa vie. Lorsque je l’ai rencontrée c’était déjà comme ça et même à l’époque, la traiter de « sorcière » me semblait exagéré. Pourtant, cela ne semblait pas la déranger outre mesure, à croire que pour elle cela était normal. Personne ne lui adresse jamais la parole mais elle ne s’en est jamais plainte et n’a jamais cherché à changer le court des choses. Je dois avouer que je ne comprends pas. C’est peut-être pour cela que j’ai été aussi surprise à l’enterrement, il y avait tant de gens qui semblaient aimer Fanny et détester Siwany. Jusqu’à présent j’avais toujours cru que la famille entière était fuie mais non, juste Siwany. Plus j’y pense et plus je me dis que cela doit être horrible d’être ainsi rejetée. J le suis aussi mais moi c’est de mon plein gré que j’ai décidé de la suivre où qu’elle aille quitte à me faire détester de tout le monde alors que elle, non. On ne lui a simplement pas donné le choix et l’assistance publique ne doit pas être le meilleur soutien qui existe…Elle doit avoir la sensation d’être abandonnée et se sentir coupée du monde. J’ignore si c’est pire que ma situation de famille mais je n’aimerais pas être à sa place.

 

En y repensant, il paraît logique qu’elle veuille s’évader d’un endroit pareil. Je le voudrais aussi si j’étais là-bas. Sauf que moi, je me contenterais de prendre cela pour une idée farfelue, elle non. J’admire la façon qu’elle a de croire dur comme fer en ses rêves, (même si ils sont généralement étranges), j’admire presque tout chez elle d’ailleurs. Je ne la remercierais jamais assez pour tout ce qu’elle fait pour moi. Elle est sûrement la seule qui s’inquiète pour moi et me soutienne et c’est pour ça que je ne peux pas l’abandonner. Parce qu’elle représente ma vie. J’irais même jusqu’à la suivre dans son plan loufoque d’évasion si c’est ce qu’il faut faire pour rester auprès d’elle. D’ailleurs cela ne pourrait pas être pire que ma situation de famille actuelle et elle sait sûrement ce qu’elle fait. Elle sait toujours ce qu’elle fait, j’ai confiance en elle. Je dois avoir confiance en elle. Nous partirons. Où, je ne sais pas, le plus loin possible.
Dans ces conditions, tu comprends bien que je ne pourrai pas continuer à t’écrire. Ceci sont donc nos adieux, les longues soirées passées à remplir tes pages me manqueront.

 

Adieu.

Moïra Traurigkeit »